Pensées de mummy

Ce lien, invisible et fort

On en entend parler, de choses abstraites comme « l’instinct maternel », « un amour immense » et j’en passe… Le fait est qu’avant de donner la vie à ma fille, je n’en avais qu’une vague idée, ma propre mère n’ayant pas été des plus maternelles et aimantes. Et puis, même si elle l’avait été, je pense qu’on ne mesure ce dont il s’agit qu’au fil de sa maternité. Je vais essayer de mettre les mots sur ce lien qui m’unit à ma fille, invisible pourtant, mais si fort… Je ne promets pas de trouver les mots justes, c’est tellement particulier!

En tant que femme, j’ai eu la chance indescriptible de pouvoir porter ma fille. Huit mois et demi durant, nous n’avons fait qu’une. Nous avons partagé une enveloppe corporelle, échangé des gestes, des mots, avons vécu l’une au rythme de l’autre. Je pensais déjà beaucoup savoir d’elle: elle était très active (gagné), plutôt sensible puisqu’elle refusait que je pose la moindre chose sur mon ventre (genre, un livre de poche) et tabassait le matelas dès que je m’allongeais sur le côté (gagné), je l’imaginais gourmande puisqu’elle s’activait sans faute dès que je me mettais à manger (perdu), on me la décrivait comme grande et rondelette (perdu). Bref, en une grossesse de cohabitation, j’avais déjà l’impression de la connaître par cœur. J’imaginais donc qu’à sa naissance, tout sonnerait comme une évidence.

naissance

Là encore, non, les choses ne sont pas toujours si évidentes, justement. La Bête est née un jour où je ne l’attendais pas tant les choses sont allées vite. Sa naissance n’a pas correspondu à l’accouchement type d’un premier enfant. On m’a posé sur le ventre une petite crevette, bien loin du bébé potelé auquel on s’attendait. Ses immenses yeux bleus, son silence calme, son refus du sein, tout, absolument tout m’a prise de court ce 29 décembre 2016. J’ai immédiatement compris que l’instinct maternel qui est là dès la naissance, c’était joli sur le papier mais infiniment plus complexe en vrai.

Alors oui, immédiatement, j’ai voulu protéger ce bébé. Mais j’ai été décontenancée d’avoir finalement affaire à une inconnue. Comment faire pour calmer ses pleurs? Les comprendre? La rassurer? Il n’y a aucun mode d’emploi pour ces choses-là, on apprend à connaître son enfant et c’est au fil des mois qu’on attrape, une par une, comme des papillons, les bonnes astuces.

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Mais le jour de sa venue au monde, j’étais comme une poule qui a trouvé un couteau. Cependant, j’avais du mal à laisser les sages-femmes ou le pédiatre la manipuler. Elle a commencé une jaunisse, on m’a parlé de séjour sous des lampes si elle dépassait un certain seuil, j’ai cru m’évanouir à l’idée qu’on la sépare de moi plusieurs heures. Tant que j’étais seule avec elle, impossible d’aller faire pipi ou me doucher. Je me retenais jusqu’à ce que Chéri arrive. Hors de question de la laisser seule. La nuit, même si elle dormait, je ne fermais pas l’œil. J’avais envers ma fille un instinct que je qualifierais de « primitif », comme une maman louve protège son louveteau. Mais on était encore loin du lien qui nous unit maintenant, seize mois plus tard…

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Seize mois plus tard, ce lien qui nous unit a grandi avec ma fille et avec moi-même en tant que mère. Il s’est renforcé et continue de le faire, jour après jour. Il est aussi beau qu’invisible, insaisissable dans sa complexité…

Comme le dit Victor Hugo, ce lien a un côté animal. Prenez n’importe quelle espèce, une femelle qui a des petits se dévouera à eux, se fera plus méfiante voire agressive envers les menaces éventuelles. Chez certaines espèces, comme la pieuvre, la mère se laisse même mourir de faim pour ne pas quitter ses petits (véridique). Alors, certes, je mange trop pour en venir à l’inanition, mais il est vrai que les premiers mois avec La Bête, je mangeais peu, vite, tard.

Mais ce qui est resté, c’est ce besoin permanent de la savoir bien et, pour l’assouvir, elle est devenue ma priorité absolue. D’ailleurs, je le constate, mes capacités de concentration ont sérieusement souffert depuis sa naissance car, en réalité, le seul point qui occupe mon esprit en permanence, c’est elle. Ma fille est toujours dans un large coin de mon esprit. Je travaille par petits intervalles, si elle est là (même couchée), je suis incapable de regarder longuement la télévision, lire une bonne portion de livre, même tenir une longue conversation me demande bien plus d’efforts qu’auparavant (c’est même totalement impossible si elle est réveillée). J’ai abandonné la médiation, qui me faisait pourtant du bien, car en sa présence, je n’arrive simplement pas à déconnecter. La nuit ne fait pas exception: mon sommeil déjà léger l’est encore davantage depuis sa naissance. J’entends le moindre de ses bruissements et me sens parfaitement éveillée si elle vient à émettre un bruit anormal.

Cet « instinct » affûté m’a permis, assez rapidement, de comprendre plutôt bien ce qu’elle exprimait. Ses pleurs, finalement, ne sont pas longtemps restés un mystère pour moi, j’ai vite compris ce qu’ils signifiaient. Maintenant, avec l’acquisition progressive du langage, la compréhension est de plus en plus simple. Chaque semblant de mot, pourtant assez indistinct pour le commun des mortels, est parfaitement clair à mes oreilles. Et vice versa, mes paroles n’ont aucun mystère pour elle, on se reçoit cinq sur cinq.

mère (Copier)

D’ailleurs, on se reçoit si bien que là où ce lien invisible me prend au dépourvu, c’est sur le côté émotionnel. La Bête perçoit très bien mes émotions, sans que je ne les lui montre ni n’en parle. Les journées où je ne suis pas bien pour une tierce raison, elle sera bougonne, renfermée, nerveuse, irritable et mangera mal. De même que lorsque je me sens bien, épanouie, détendue, elle sera souriante, joviale, joueuse et enthousiaste. C’est stupéfiant comme elle ressent la moindre variation émotionnelle chez moi. A croire que la fin de la grossesse n’a pas mis fin à notre connexion émotionnelle… L’inverse est aussi valable: je la ressens très clairement. Une situation qui la mettra mal à l’aise, même de manière infime en fera de même sur moi. Pendant très longtemps, elle était effrayée d’être en contact avec du monde, ou même quelques inconnus. Lorsque cette situation se présentait, pas besoin qu’elle pleure, je percevais son début de panique et ne pensais qu’à fuir. Ses joies, ses victoires, je les ressens au plus profond de moi, elles me remplissent d’un bonheur difficilement descriptible mais très beau. Est-ce amplifié par mon tempérament hypersensible? Peut-être, mais je pense aussi simplement que nous sommes une mère et une fille normales, après tout…

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Certains parents affirment être « fusionnels » avec leur enfant. Moi, l’idée me dérange (beaucoup). « Fusionner » signifie « ne faire qu’un seul », l’enfant perdrait son individualité tant il serait lié à son parent. Il vivrait dans son sillon, voire son ombre. Ne réfléchirait que par le parent. Se sentirait perdu loin de lui. Alors oui, cela existe, même chez des adultes, avec leur parent. Mais cette conception de la parentalité n’est pas la mienne…Ni celle de ma fille, d’ailleurs, qui semble avoir hérité de mon tempérament indépendant.

Je l’aime assez pour l’amener, déjà à son petit âge, à vivre en accord avec elle-même. Je lui apprends doucement à définir ses besoins, exprimer ses émotions, son accord et son désaccord, pour qu’elle saisisse quand ce sera le moment qu’elle est un être à part entière (quelque chose me dit qu’elle l’a d’ailleurs déjà très bien saisi). Je ne la contrains jamais à faire un câlin si elle ne le souhaite pas, cela fait belle lurette qu’elle ne s’est pas endormie contre moi et même si ça me manque, ma fille grandit et je dois m’en réjouir. J’encourage son autonomie et ne la freine jamais à tenter de faire par elle-même. Pour moi, l’amour d’une mère, c’est amener son enfant à prendre conscience de son individualité, ce n’est pas la fusion. En tant que mère, je m’efforce de m’effacer quand il le faut, jamais je n’efface ma fille pour prétendre que nous sommes fusionnelles. Evidemment, je suis toujours là pour elle, mes bras, mon amour, ma protection, elle les trouve à tout moment et sans restriction aucune. Je n’ai pas besoin de l’étouffer ni de me sentir indispensable pour ressentir notre lien.

fenetre

Pour cela, il suffit que nos regards se croisent voire s’attardent un peu l’un dans l’autre. Depuis qu’elle est née, nos échanges de regards ont une puissance qui me déconcerte aussi. Dans ses beaux yeux, je lis tout l’amour innocent et sain qu’un enfant peut porter à sa mère. Cet amour qui ne fluctue jamais, qui est intact, que la journée ait été bonne ou mauvaise, qu’elle rie ou qu’elle pleure, que je sois en train de jouer avec elle ou de rouspéter. Ces échanges me font monter les larmes tant ils sont beaux et je n’espère qu’une chose: c’est que dans mon regard, apparemment si semblable au sien, elle y lise la force de l’amour inconditionnel qui me remplit, depuis seize mois déjà.

Je crois bien qu’il se résume à ça, notre lien, tout l’univers dans un regard…

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5 commentaires sur “Ce lien, invisible et fort

  1. C’est tellement beau ce que tu écris! Tellement ça…Et pour la capacité de concentration réduite… tiens tiens ici c’est pareil! Le genre de lien indestructible tout simplement! Quelle chance on a de vivre ça non?

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