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Les vagues

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Je l’ai attendu tout le week-end, en vain. Aucun signe, aucun grondement de tonnerre lointain dans mon ventre, de douleur sourde, d’annonce menaçante… Le lundi est arrivé, toujours aussi silencieux. Bien entendu, je n’espérais plus rien de cette grossesse avortée, mais je me demandais bien pourquoi diable rien ne se passait.

Mardi matin, c’était lancé, et bien. Je l’avais attendu, j’y étais, des deux pieds.

Une fausse couche, c’est un peu comme un accouchement. Il y a les vagues de douleur à accepter, apprivoiser, parce qu’on sait qu’elles sont là pour faire leur travail. On nage comme on peut, on profite des quelques répits. Certaines fausses couches font plus mal que d’autres, chez moi, c’est indépendant de l’âge de la grossesse. Là, au réveil, je n’avais pas mal. Alors j’ai pris mes précautions et suis allée travailler car je sais que dans ces moments-là, il vaut mieux que je m’occupe l’esprit.

Arrivée au travail, les vagues ont afflué, violentes, implacables. En attendant la première sonnerie, j’ai fait les cent pas dans ma salle, un tour de salle, deux tours, cinq tours… Cela aidait à supporter la souffrance. Sans parler des vertiges, des bouffées de chaleur, ni de ce fait détestable: contrairement à un accouchement, ces vagues de douleurs ne m’amèneraient rien. J’ai fait cours comme j’ai pu, ai bafouillé, ai vu des formes sombres ou claires, ai sué dans mon t-shirt, ai eu de grosses nausées et ai maudit mon corps de ne pas avoir fait son grand ménage plus tôt. A midi, sous le rappel de mon amie qu’ « on ne me donnera pas de médaille pour être restée au boulot dans ces conditions », j’ai capitulé et ai quitté le navire. J’étais apparemment livide.

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J’ai revu le médecin. C’est simple, il ne me voit que pour mes FC, sinon, je ne suis jamais assez malade pour avoir besoin de consulter. Du coup, entre temps, il m’oublie. Et quand il voit à quel point j’ai l’air habituée et blasée et que je lui donne le nombre toujours croissant de ces épisodes désagréables, il ouvre des yeux ronds. La même routine à chaque fois. Repos pour la fin de la semaine. Cette fois-ci, je n’ai pas négocié de reprendre plus vite, je suis lessivée.

En parlant de lessive, je me sens précisément comme si j’avais passé un séjour dans le tambour de la machine. J’ai mal partout, des côtes au bout des pieds, hier. J’avais l’impression d’avoir à nouveau accouché (la douleur de la cicatrice en moins), ça irradiait jusque dans les os du bassin. Je me suis dit, non sans ironie, que ça faisait beaucoup de douleurs pour évacuer un œuf d’à peine un demi millimètre. Proportionnellement, l’accouchement fait moins mal.

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Aujourd’hui j’ai refait ma maligne, c’est mon truc ça, me dire que je n’ai pas si mal alors que je ne suis pas une chochotte et que je peux vivre normalement. Étant mon jour avec La Bête, je lui ai fait le plaisir de l’emmener à l’aire de jeux. Voiture, petite marche en porte-bébé puis une heure sur place. Easy. Sauf qu’en fait, mon corps m’a rappelé à l’ordre, il est en plein grand ménage, lui, faut pas exagérer quand même! Les vertiges sont revenus, les lumières dans le champ de vision sont restées plus d’une heure, les migraines, la faiblesse et tout ça agrémenté d’une Bête d’une humeur de hyène enragée.

J’ai voulu me rouler en boule sous ma panière de linge trempé à étendre et hurler que « stop », là, je ne pouvais plus, que je fermais la boutique. Mais je ne l’ai pas fait, j’ai laissé La Bête hurler pour un oui ou un non, lui ai dit que j’étais très fatiguée aujourd’hui et que j’avais mal à ma tête et j’ai étendu mon fichu linge en quatre fois. Elle a pu vider mon bac de pinces à linge, les disperser dans la maison, gribouiller sa tour d’observation, tenter de m’escalader, puis de fuir avec le portant à linge, voler une chaussette mouillée…J’étais sur pilotage automatique, soit je lâchais prise, soit je pétais un plomb. Alors j’ai laissé couler, une tâche à la fois.

Pendant la fausse couche, l’âme et le corps sont dissociés. Chacun a une lourde tâche a effectuer, son grand ménage à lui. Le corps doit se vider de cet hôte estampillé indésirable et l’âme doit faire le deuil d’un bébé. Lourdes tâches. Alors chacun fait son travail de son côté. Et moi, au milieu des deux, je suis dans un état second. Avant La Bête, j’étais effondrée. Je pleurais, dormais, m’isolais. Maintenant, j’ai ma fille, cela change tout. Je m’efforce de garder le dos droit et la tête haute. Je suis moins vulnérable, je vis les joies de la maternité, cela donne une force incroyable pour affronter le reste. Mais je suis quand même à côté des mes pompes, vidée physiquement.

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Vivement que la mer se refasse calme!

PS: Mille merci pour vos gentils mots de soutien.

 

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15 commentaires sur “Les vagues

  1. Tu es forte sans aucun doute.
    Tu es courageuse sans aucun doute.
    Tu es une super Maman sans aucun doute.
    Ta Bête a besoin de toi sans aucun doute.
    Mais ne t’oublie pas ❤ ❤ ❤ Prends bien soin de toi et de ce corps qui t'en fais voir de toutes les couleurs, car mine de rien tu en as encore besoin pour un long moment 😉

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  2. Surtout prends soin de toi ! C’est dur mais n’hésite pas à faire garder ta fille même si tu es à la maison tu en as besoin. ( Je dis ça en connaissance, quand ça m’est arrivé je voulais à tout prix le garder parce que c’était un besoin vital.. Et c’était la pire de idées parce que si on moral s’en sentait mieux, mon corps a déguste)

    Prends vraiment du temps pour toi, repose toi. Je t’embrasse et pense bien fort à toi dans ces moments..

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  3. Ca me rappelle une de mes FC après la naissance de Mini Mousse, chaque contraction me ramenait à celles de l’accouchement. Je me noyais dans le souvenir de cette folle journée pour ne pas penser à ce qui se passait réellement dans mon corps. Et une fois à la maison, je me suis occupée de ma puce comme si de rien n’était ou presque. Quelle dure épreuve à traverser. J’imagine même pas comment donner un cours dans ces conditions. Prends le temps de te remettre.

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    1. J’ai eu cette même sensation, de revivre mon accouchement… Drôle d’impression car là, c’est bien moins excitant. Très dur de faire cours ainsi, en effet, j’ai passé mon tour pour 3 jours. Merci.

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  4. Outch…J’ai trouvé aussi que les contractions étaient bien violentes pour « si petit »…Je ne m’attendais pas non plus à souffrir autant…
    Malheureusement dans ton cas, tu ‘as déjà vécu tout ça plusieurs fois 😦 — et là dans des conditions un peu particulières (en bossant !!)..Le jour de ma fc j’avais tellement mal que je ne pouvais pas me lever ! Je rejoins les autres commentaires, prends un peu de temps pour toi, pour ton corps & ton esprit,c’est important. Et cet épisode n’est pas non plus « rien », ou anodin. Une vraie épreuve pour le corps et la tête…Je te souhaite donc beaucoup de repos et du courage dans cette épreuve bien difficile…

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    1. Ma première FC s’est déclenchée la veille au soir de mon inspection de titularisation, imagine le cauchemar… J’y suis allée, blindée d’anti-douleur et j’ai brillamment mené mon cours, une de mes plus grandes fiertés. C’est toujours un moment difficile à vivre qu’il faut avoir soi-même traversé pour en saisir la complexité. Merci beaucoup pour ton soutien.

      Aimé par 1 personne

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