Montessori et éducation positive·Pensées de mummy·Vie quotidienne

Quand la bienveillance ne suffit pas

Ma vision de la bienveillance éducative

Ici, les choses sont claires depuis longtemps: je suis majoritairement pro éducation dite « bienveillante ». Après avoir lu plusieurs ouvrages traitant du développement cérébral du tout-petit, après avoir réfléchi sur l’éducation que j’ai moi-même reçue et ses effets désastreux sur ma construction, je n’ai plus hésité.

La bienveillance, comme je l’ai déjà expliqué, ce n’est pas du laxisme. Ce n’est pas un oubli de soi. Ce n’est pas devenir un parent parfait. C’est traiter l’enfant comme un être en devenir, agir par empathie et le laisser au maximum acteur de son développement.

Ainsi, contrairement à des articles lamentables relayés par la presse, la bienveillance c’est tout de même:

-donner des limites à son enfant, des interdits non-négociables.

-se donner le droit d’être en colère (ou de ressentir toute autre émotion négative), l’exprimer même, voire s’excuser si ça a pris de trop grandes proportions.

-ne pas oublier ses propres besoins mais faire en sorte qu’ils soient compatibles avec ceux de son enfant.

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Les grands principes

Je ne vais pas entrer dans les détails tant le sujet est riche et intéressant, mais voici les grands principes quotidiens de l’éducation dite « bienveillante »:

-ne pas frapper, éviter les cris, les rapports de force.

-laisser des choix fermés lorsque c’est possible afin de rendre l’enfant acteur (du style « on met les chaussures grises ou les chaussures blanches? »)

-accueillir les émotions de chacun (parent et enfant): les nommer, les comprendre.

-formuler ses demandes de manière affirmative, la négation étant très mal comprise par le jeune cerveau. Ainsi, on remplace un « Ne touche pas ça » en un « laisse ça ».

-toujours expliquer (ou, l’idéal, montrer) à l’enfant ce que l’on attend de lui. Au lieu de s’énerver du genre « c’est encore le bazar dans ta chambre, tu ranges! », on peut lui décrire nos attentes: « tu ranges les cubes dans cette boîte, les livres sur l’étagère… » L’enfant a souvent besoin qu’on lui montre clairement les choses.

L’idée générale est que l’enfant se sente compris et respecté, qu’il obéisse par compréhension du monde qui l’entoure et non par peur ou soumission. S’imprégnant avant tout du modèle parental, il devient ainsi lui-même moins violent, plus empathique envers autrui et a plus confiance en lui.

Bon, je le reconnais, c’est ultra résumé.

positif

Et quand ça ne fonctionne pas

Cependant, je ne suis pas une fervente pratiquante de la religion bienveillante, hein…C’est pour ça que je parle de « bienveillance sauce maison » parce que, certaines fois, la bienveillance ne m’est clairement d’aucun secours. Ainsi, on peut être convaincue de l’idée générale de cette méthode éducative tout en conservant son regard critique et s’autorisant à procéder autrement lorsque c’est nécessaire. Si, si, il me semble que c’est possible!

Aujourd’hui, La Bête est en mode harpie. Il y a des jours comme ça où je pourrais voir des éclairs passer dans ses cheveux tant elle me semble électrique. Elle court partout, tente tous les interdits habituellement assimilés, répète dix fois un mot qu’elle prononce normalement en temps normal, n’a aucun soupçon de patience, refuse quasiment tout, mange mal, dort mal voire pas du tout. Les journées d’extase pure!

hurle

Etant une Mummy qui veut bien faire, mon premier recours est toujours la douceur, les mots, les choix, l’autonomisation. Sauf que, dans ces jours-là, ça ne marche que très peu, La Bête n’est réceptive à rien.

Prenons le magnifique changement de couche de 10h. Un grand moment. Dès que je mets La Bête sur la table à langer, elle se met à pleurer hurler. Jusque là, rien d’anormal, bien au contraire… Je la laisse choisir dans les petits casiers de quoi s’occuper les mains afin qu’elle accepte de se laisser faire. Il n’y a rien de dangereux, elle le range spontanément une fois qu’on a terminé, je la laisse donc faire. Elle farfouille, assise, bien entendu, un temps certain. Qui s’éternise…Encore et encore… Je lui demande gentiment de s’allonger, que maman voudrait lui laver les fesses car sa couche est mouillée, qu’après on pourra retourner jouer, tout ça. Sauf que ma fille semble être soudainement atteinte d’une surdité totale. Je la préviens que je vais devoir l’allonger moi-même, que ça ne va pas lui plaire et à moi non plus, qu’on va se fâcher alors que cela pourrait bien se passer si elle s’allongeait d’elle-même. Rien à faire. Alors je m’exécute et, évidemment, elle reprend ses hurlements, se débat, se retourne de force. J’attends qu’elle daigne se remettre sur le dos, j’attends…Attends…Rien, La Bête est décidée à se laisser mourir sur cette table à langer si cela lui permet de garder sa couche pleine de pipi aux fesses. Je la re-préviens, bref, je ne vous refais pas le tableau, hurlements, bla bla… La Bête se tord dans tous les sens, essaie de me taper, d’arracher sa couche en hurlant, elle est bien plus en colère que d’habitude. On croirait assister à un exorcisme. Moi, je bouillonne, pire qu’un volcan, on y est depuis un quart d’heure et là mes nerfs ont atteint leur date limite d’utilisation. J’attache la couche tant bien que mal et la pose au sol ainsi, sans ménagement (ni violence, évidemment). Sa salopette est ouverte, son body pas reboutonné, elle hurle, je pleure. Là, toutes les alternatives que j’ai en temps normal me tournent dans la tête, je les vois défiler derrière mes larmes d’impuissance mais je constate leur vanité, ma fille n’est réceptive à rien. Cependant, contrairement aux idées reçues, un parent bienveillant n’est pas laxiste: je devais lui changer cette couche, point. Sauf que ça a fini dans les pleurs de tout le monde. Je lui tends les bras, elle me rejette. Je m’éloigne, elle m’appelle. En fait elle veut de ma présence, pas de mes bras. On dirait qu’elle ne comprend pas plus ce bouillonnement ambiant que moi, on est paumées et moi, très coupable, bien que j’estime n’avoir rien fait de mal. Cependant, je suis aussi sensible que ma fille, et déteste les rapports de force. Des moments comme celui-là m’atteignent au plus profond de mon cœur.

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Il y a des jours comme ça…

Des cas où la bienveillance est insuffisante, on en rencontre toutes, plus ou moins fréquemment, selon la journée, le tempérament de l’enfant, son âge…Aujourd’hui, ma fille est un mur que rien n’atteint. Je tourne le problème dans tous les sens, je n’en trouve pas l’origine. Elle est guérie, ne semble pas souffrir des dents, je n’ai rien changé dans notre routine. C’est une journée « sans », simplement. Alors évidemment que j’essaie de me mettre à sa place, de lui expliquer les choses, de dire ce que je ressens, ce qu’elle ressent, de lui changer les idées, je continue dans ma ligne de conduite qui est devenue très naturelle maintenant.

Mais face à un roc qui ne veut rien entendre, je dois parfois contraindre, je hausse le ton, je m’écarte. Parce que je suis faillible, comme n’importe quelle maman. Et parce que je sais bien que la bienveillance n’est pas une formule magique qui règle tous les problèmes, ça se saurait! La Bête est réceptive à 300% de mes émotions, plus je bous intérieurement, plus elle devient ingérable. Alors je dois m’écarter, la laisser pleurer une minute pour reprendre mon souffle. Et cela, plusieurs fois. Je vous parlerai ultérieurement de l’épisode du repas de midi, de la montée dans la voiture, de la pâte à modeler, hein… Heureusement qu’au milieu de ce capharnaüm affectif, on a quand même eu quelques pauses, le temps d’un câlin, d’un petit jeu au calme ou d’un livre feuilleté sur mes genoux. Ces instants sont précieux, surtout dans des journées comme aujourd’hui.

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31 commentaires sur “Quand la bienveillance ne suffit pas

  1. Tu es sûre que ce n’est pas la couche de ma Mini-Koala que tu as voulu changer ?? 😦
    La même scène chez moi ce matin, les mêmes hurlements, la même culpabilité… C’est aussi un jour sans pour nous, demain ça ira mieux (on l’espère !!)
    Bisous

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  2. Ah, les mauvaises journées… On ignore souvent pourquoi ça tombe à ce moment là, mais c’est comme ça et tu n’y peux rien ! Je trouve que tu as géré cette situation de main de maître ! Tu es restée bienveillante, ta fille a survécue 😉
    Trèves de plaisanterie l’éducation bienveillante n’a pas un effet immédiat, ce n’est pas une formule magique et tu as le droit d’être triste et en colère et de l’exprimer, mais sans te laisser aller à des gestes ou des paroles violents, et c’est ce que tu as fait…

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    1. Je n’ai jamais eu le moindre geste violent envers La Bête et je suis prête à parier que ça n’arrivera pas. Je surveille aussi étroitement mes paroles, on peut vite blesser psychologiquement sans le vouloir…

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  3. En ce moment avec cette chaleur et cette fatigue de fin d’année, c’est assez compliqué avec ma Louloutte. Elle est crevée mais moi aussi et j’avoue que j’en peux plus. Je rêverais d’avoir des papy-mamie à qui confier ma fille ne serait-ce que 2 jours pour souffler mais c’est impossible…

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  4. Pas facile.. est-ce parce que la bête voudrait gerer les choses? Peut-être essayer les couches « pull up » (culotte) et la changer debout? Elle aurait l’impression d’être plus active? Ou bien lui dire qu’on peut attendre et lui laisser décider du moment où on la change? Pour éviter la crise? Mais c’est sûr la fatigue y est pour beaucoup. Bon courage

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    1. Je pense qu’en effet, La Bête est du genre à vouloir faire absolument. On a déjà envisager les couches-culottes mais pendant longtemps, La Bête ne pesait pas le poids minimum. Puis elle fait beaucoup caca et je crains que le change debout soit périlleux…

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      1. Oui c’est vrai que c’est pas optimal. Apres tu peux lui montrer que tu négocies: les pipis on change debout (elle peut participer en retirant la couche) et les selles on part sur la table à langer? À une époque (mais plus tardive qu’à son âge, mon fils aîné ne voulait plus du tout aller sur la table à langer. D’ailleurs son lit est comment? Tjs à barreaux? Car sinon tu pourrais la changer « plus bas » (sur ton lit ou le sien). Ou alors lui proposer le pot lol

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      2. J’ai acheté des couches culottes hier, je vais tenter le pipi-debout, caca-couchée, on va bien voir… Son lit est toujours à barreaux, oui, elle y dort très bien et bouge encore trop pour un lit de grande. Je pense pas que ce soit la hauteur le problème (car elle adore s’asseoir ou même se mettre debout sur la table à langer) mais la passivité que cela lui demande.

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      3. Ok j’espère que ça fera avancer les choses! Oui ta petite à l’air tres en demande alors peut-être que moins de passivité lui plaira. Ou alors version distraction: lui faire changer un poupon en même temps?

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  5. 18 mois c’est l’entrée dans l’opposition… c’est l’âge à partir duquel les enfants commencent à vouloir faire à leur façon, dans leur propre temps etc… c’est un peu désarçonnant au début mais on s’y fait! Je trouve que le plus facile est de ne pas rentrer en conflit direct, si ce n’est pas nécessaire. Evidemment s’il s’agit d’une règle de sécurité à suivre, on est particulièrement ferme.
    En revanche dans le cas que tu détailles, j’opterais plutôt pour un change debout. C’est ce que j’ai fait avec tous mes enfants dès qu’ils ne veulent plus s’allonger pour être changé. C’est un petit coup de main à prendre mais après c’est facile!
    Souvent ce qui crée des crises c’est les moments de transition : s’habiller pour aller dehors, interrompre le jeu pour manger, se laver, changer la couche, partir du parc… le mieux c’est de les anticiper et tester différentes techniques et de voir ce qui fonctionne le mieux pour toutes les deux.
    Et évidemment en ce moment, avec la chaleur qui fait et la fatigue accumulée tout au long de l’année tout le monde est à fleur de peau, c’est normal!

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    1. Merci pour ton témoignage. La Bête est dans l’opposition depuis ses 14 mois, je dirais même que c’est nettement plus léger depuis l’entrée dans les 18 mois. Cela n’exclut pas quelques conflits, en effet. J’ai bien pensé au change debout mais pour les cacas, ça m’angoisse un peu…

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  6. Bon si on suit les grands principes de l’éducation bienveillante que tu as énoncé, ça va, je suis bienveillante à 90% XD.
    Mais j’avoue que je suis parfois totalement dépourvue devant un bambin en colère qui ne sait même plus ce qu’il veut, qui ne veut pas de calin et qui n’arrive pas à se calmer.

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  7. Comme je te comprends.. En ce moment chaque change est un calvaire chez nous. Et comme toi, d’accord ou pas, hors de question de le laisser se balader la couche pleine.. Donc il hurle à m’en exploser les tympans. « Nooooooon je joue » C’est comme ça pour beaucoup de chose en fait.. À L’heure du bain je le préviens avant.. Vais préparer.. Puis l’appelle.. « Non ».. Inlassablement, non. Une fois dans la sdb.. Les cris cessent. Il joue.. Ne veut pas se laver.. Le retour du « Non ».. Une fois la mission accomplie je lui explique qu’il va falloir sortir, etc.. Et la.. Ben « Non ». Une fois dehors (de force en secouant les jambes hurlant etc.. Mais pas d’autre choix) Il faut se dépêcher ! Il veut son biberon.. (mais il veut le préparer et le regarder chauffer donc impossible à anticiper il le veut pas si il l’a pas préparé lui)

    Periode sacrément dure honnêtement je finis souvent en larmes le soir après avoir eu l’impression d’avoir passé la journée à le faire pleurer tellement tout à été une guerre.. (heureusement que je fais de compromis et n’impose que les choses vitales) Courage !! On vaincra !!

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    1. On dirait La Bête il y a guère plus d’un mois, du « non » à toutes les sauces, c’était totalement épuisant et très dur moralement. Maintenant, je touche du bois, les « non » se limitent à des moments précis et limités: la couche, la sortie du bain. Courage, ça passera!

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  8. Bonjour, je ne peux que vous conseiller le livre « Parler pour que les tout-petits écoutent » de Faber et King, qui m’a vraiment aidé avec des outils très concrets pour gérer mon fils qui a 18 mois. Je me rendais compte que ce que je faisais déjà (en ayant lu Filliozat par exmeple) était pas mal mais pas suffisant et parfois contre productif. Ce livre est extrêmement concret avec des mises en situation, des expériences de parents… Bien sûr, je lâche aussi du lest sur plein de choses en me disant que je le paierai peut-être plus tard… Mais en faisant tout cela j’ai vraiment retrouvé mon fils et mon conjoint car nous étions tous les 3 toujours sur le qui vive

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  9. Je me pose toujours deux questions : est ce que c’est dangereux pour elle / lui ? Est ce que ça influe sur son comportement dans 10 ans ? C’est fou ce qu’on arrive à relativiser et à arrêter comme combats. Mais forcément, il reste des choses basiques qu’on ne peut pas adapter , comme la propreté, le sommeil etc.
    Je vais pas te rassurer, mais une fois cette période passée, y en a d’autres… pour l’instant, à 4 ans et demi, on est dans la provocation, elle répond systématiquement et le non que je peux dire, termine systématiquement en larmes pour elle (la fatigue de fin d’année aussi). C’est fun aussi ! Toujours se dire que tout finit par passer ^^

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  10. Merci pour cette honnête tranche de vie! Ça me rappelle une maman de jumeaux très malins et très excités que j’ai vue en crèche. « Je vous jure, j’ai lu tous les livres d’éducation positive, j’ai tout essayé et ça ne marche pas. Hier j’ai craqué: je lui ai parlé fermement et il m’a écoutée! Vous croyez que c’est grave? » – l’éducation bienveillante, c’est un bel idéal mais ça ne doit pas être une religion…bon courage avec votre louloute!

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