RGO et APLV

RGO, coliques, dysoralite: quand le repas est difficile

Avec La Bête, j’ai de la chance: elle est là, déjà. Avec notre infertilité mixte, rien n’était gagné, on le voit encore mieux avec nos péripéties faussecouchiennes pour lancer un Numérobis. On a du bol aussi car elle est bien formée, belle comme un cœur et futée. On est de gros veinards parce qu’en plus, elle n’est quasiment jamais malade. Franchement, incroyable. Et, cerise sur le gâteau, elle dort sans trop de problèmes.

Donc il ne fallait pas trop en demander, hein. Tout roule mais il fallait bien un couac quelque part. Et ce couac, il a toujours été au même endroit: le repas.

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Cet article va reprendre le contenu de plusieurs articles assez poussés que j’ai écris sur le sujet: le RGO (le reconnaître, le traiter), les coliques et la dysoralite (car le verdict ne sera hélas pas une surprise, je vais y revenir). Il va y avoir de la lecture, pour ceux qui me suivent depuis le début du blog, ne vous cassez pas la tête, c’est de la redite.

Oui, je sais, je vends super bien mes articles.

Alors c’est parti!

Les coliques: la bonne poire du lot

Les coliques, c’est un peu comme les dents, on a tendance à tout leur mettre sur le dos, les pauvres! Un nourrisson pleure beaucoup? Oh, et bien ce sont les coliques! Il mange mal, ce sont les coliques! Et quand l’âge des coliques sera passé, on reportera les symptômes sur les dents.

Notons déjà que les coliques ne touchent que 20%  des bébés. Oui, seulement 20% et non tous les nouveaux-nés comme certains pourraient l’affirmer. Ainsi, je pense que cela ne devrait pas être la piste adoptée par défaut face à un bébé en souffrance.

Elles commencent en moyenne vers les 3 semaines de vie du nourrisson et prennent fin vers ses 3 mois. Elles viennent de l’immaturité intestinale, la flore n’étant pas encore faite, la digestion est laborieuse et entraîne de nombreux gaz et ballonnements.

Les symptômes sont facilement reconnaissables: un certain temps après le repas (environ 1 heure ici), le bébé se tort, émet des pleurs stridents et se replie sur lui-même (c’est LE symptôme qui permet de faire visuellement la différence avec le RGO). Elles apparaissent évidemment après chaque repas.

Il existe différents moyens de les soulager:

les massages ventraux, on trouve facilement les gestes à faire sur Internet, ils aident le bébé à évacuer les gaz bloqués. Pour tout vous dire, ça n’a jamais donné d’effet réel ici mais cela ne coûte rien d’essayer.

coliques

la chaleur d’un bon bain ou d’une bouillotte de graines peuvent faire des miracles (plutôt pas mal ici). Concernant la bouillotte, ne jamais la mettre au contact direct de la peau de bébé (on laissait le body, minimum) et ne jamais utiliser une bouillotte à eau, gare au risque de brûlures sinon! Sinon, porter bébé en écharpe ou ventre contre ventre peut avoir les mêmes effets.

les probiotiques pour nourrissons peuvent aider la flore à se faire plus vite et soulager les coliques, ça vaut le coup d’essayer aussi.

le fenouil a de grandes vertus sur la digestion, si votre bébé l’accepte, vous pouvez lui en proposer en tisane légère (ou en consommer vous-même si vous allaitez).

-le julep gommeux fut LE miracle ici. C’est une préparation pharmaceutique ancestrale à base de gomme arabique, d’eau de chaux et de fleur d’oranger qui a eu la vertu de débarrasser La Bête de ses coliques pour de bon!

-l’ostéopathie: prenez un ostéopathe spécialisé dans les bébés et tentez le coup, il n’est pas rare que les nourrissons soient très soulagés de quelques petites visites.

N’envisagez le changement de lait qu’en dernier recours. C’est un tsunami pour un nourrisson et ce n’est pas si miraculeux que cela en général. Tentez donc toutes les solutions douces avant de lui imposer un tel changement. D’ailleurs, commencez par changer l’eau, cela peut aussi suffire!

Dans tous les cas, les coliques doivent disparaître aux alentours des trois mois. Si elles persistent et s’accompagnent de symptômes tels que des diarrhées récurrentes, des boutons, des vomissements, il peut être bon de soulever la piste de l’allergie aux protéines de lait de vache (APLV pour les intimes).

Le RGO, le vilain sournois

Le RGO (reflux gastro-œsophagien) est moins connu alors que lui aussi touche 20% des nourrissons, et atteint même 80% des prématurés. Les pédiatres, souvent peu au fait de la chose, ont tendance à souvent le confondre avec coliques. Pourtant, les symptômes sont plus nombreux et handicapants.

Le RGO vient du fait des remontées anormalement fréquentes du contenu de l’estomac (acide, donc) dans l’œsophage. On parle de RGO externe quand ces remontées se manifestent par des régurgitations et vomissements. Malheureusement, il peut aussi être interne et là, il faut avoir l’œil pour le déceler avant qu’il ne fasse des dégâts! La complication la plus fréquente du RGO est l’œsophagite: l’œsophage est atteint de lésions à cause de l’acidité qui l’a rongé. A ce stade, en général, le bébé hurle et ne s’alimente que peu voire plus du tout.

reflux

Les symptômes du RGO sont très variables d’un bébé à l’autre, certains les auront tous, d’autres un ou deux. Voici les plus récurrents:

sommeil difficile voire impossible en position allongée. Les bébés RGO ne dorment bien qu’à la verticale ou sur le ventre.

alimentation anarchique: les bébés allaités auront tendance à téter de petites quantités mais très souvent car le lait maternel est cicatrisant: ils se soulagent donc dès qu’ils le peuvent mais arrêtent vite la tétée à cause des remontées. Certains bébés au biberon présentent le même comportement.

régurgitations/vomissements fréquents à distance des repas: c’est ce qui permet de distinguer le RGO pathologique du petit trop-plein normal des nourrissons. Un bébé RGO pourra rendre son repas 2 voire 3 heures après.

bébé qui pleure énormément, qui semble souffrir. Souvent, il se raidit et se jette en arrière (ne laissez jamais un pédiatre vous dire que ce comportement est normal).

Voici d’autres symptômes qui peuvent être remarqués:

-hoquets fréquents et difficiles à faire passer

-bébé semble mâcher en continu et/ou tire la langue

-on entend bébé ravaler (notez qu’un nourrisson ne sait pas avaler sa salive, s’il ravale, c’est donc autre chose)

-le bébé a souvent une haleine acide

-nombreuses affections de la sphère ORL: otites, rhinos, laryngites, rhumes et toux chroniques

-bébé qui ronfle, ronronne, se réveille avec la voix enrouée

-bébé qui dort avec la tête en extension vers l’arrière

Une mauvaise courbe de poids ne doit pas être l’attendu n°1 pour diagnostiquer un RGO. Beaucoup de bébés RGO ont, pendant un long moment, une bonne courbe. La cassure intervient lorsque les dégâts sont déjà lourds!

main bébé

On distingue trois degrés de gravité du RGO:

le RGO léger: l’inconfort est là mais soulagé avec la simple prise d’un pansement gastrique. Il a tendance à disparaître rapidement: vers les 3-4 mois ou grâce à la diversification. Il est le plus souvent dû à l’immaturité du clapet de l’estomac (le cardia).

le RGO modéré: il nécessite la prise d’un IPP (traitement abaissant l’acidité gastrique, rien ne pouvant stopper les remontées) pendant plusieurs mois, en moyenne un an. Dans ce cas, la marche est en général ce qui permet de stopper le reflux. Parfois, on peut soupçonner une APLV et tenter de supprimer le lait de vache pour voir si ça résorbe le RGO, cela arrive à 40% des bébés RGO. Ici, La Bête a été sous IPP jusqu’à ses 9 mois, la position assise a suffi à stopper le reflux.

Je parle de l’IPP le plus utilisé ici.

le RGO sévère: il nécessite la prise d’un IPP qui, malheureusement, ne suffit pas toujours à permettre de mener une vie normale. Les RGO sévères s’accompagnent de malaises, de souffrance intense ayant une incidence notoire sur la vie du bébé (et de ses parents, évidemment). De nombreux RGO sévères sont dûs à autre chose que l’immaturité du cardia comme des allergies ou malformations (béance cardiale, le plus souvent mais aussi sténose du pylore). Dans ce dernier cas, l’opération est envisagée quand le bébé n’est pas soulagé par la marche. Heureusement, ce ne sont pas les cas les plus fréquents!

Si cela peut vous rassurer, 80% des RGO ont disparu avant les 2 ans de l’enfant!

La dysoralite: une grande copine du RGO

Celle-là, je ne la connaissais pas avant de l’expérimenter! Jamais entendu parler d’elle avant de taper, désespérée, sur mon ami G*ogle quelque chose comme « bébé 12 mois refus morceaux » (à remplacer par 14 mois, 16 mois, 18 mois…)

Malheureusement, bon nombre de bébés touchés durement par le RGO au début de leur vie vont développer une hypersensibilité de la bouche, entachant grandement leur plaisir et leur aptitude à se nourrir. Bienvenue dans l’univers de la dysoralite. Je crois qu’elle touche quelque 25% des bébés RGO. Bingo, c’était encore pour notre pomme…

Comment se manifeste-t-elle?

le bébé a un mal fou à accepter les nouvelles textures, chaque étape de la diversification est compliquée.

-l’introduction des morceaux est en général le moment où le trouble devient flagrant: elle est difficile voire impossible.

le bébé a un fort réflexe nauséeux face à de nombreuses textures ou en présence de morceaux: sans même avaler, il semble qu’il va vomir (c’est assez impressionnant).

le bébé ne semble pas prendre de plaisir à manger, il le fait mécaniquement et ne manifeste pas toujours sa faim.

-fatalement, ce sont souvent des appétits d’oiseau.

-le bébé ne met pas grand chose en bouche, certains refusent même la tétine ou le pouce.

-le bébé peine à mastiquer et/ou déglutir.

-le bébé bave beaucoup.

-souvent, ce trouble est associé à une hypersensibilité tactile: le bébé n’aime pas certaines textures ou simplement se salir les mains.

trouble oralité

Il faut bien distinguer la dysoralite de la néophobie. La dysoralite se manifeste très tôt, quasiment dès le début de la diversification, à un âge bien trop précoce pour d’éventuels « caprices ». La néophobie arrive vers les 2 ans de l’enfant qui refuse par principe de goûter de nouveaux aliments.

Ici, elle a assez vite été flagrante, j’en parle là bas. Le pédiatre de La Bête a reconnu, lors de notre dernière visite, que cela commence à être anormalement long et sentir le bon petit trouble bien ch*ant. La Bête a vu l’ostéopathe ce matin, elle se porte comme un charme si ce n’est qu’elle avait d’importantes tensions dans la mâchoire, le larynx et les vertèbres supérieures. L’ostéopathe m’a dit que pour en arriver là, il y a fort à parier que ma fille se crispe à chaque repas car la déglutition lui est pénible. Autant vous dire que le diagnostic sera malheureusement une formalité et aucunement une révélation.

Pour remédier à ce trouble, il faut s’armer de patience et d’un bon orthophoniste ou d’un kiné. Des mois de boulot, de désensibilisation dont je pense vous parler ici dans quelques temps. Apparemment, plus c’est pris en charge tôt, meilleurs sont les résultats.

En espérant avoir répondu à certaines de vos interrogations, n’hésitez pas à me suggérer des ajouts ou me poser vos questions. Bien évidemment, cet article n’a aucunement vocation à se soustraire à l’avis d’un professionnel, hein! Bon courage à tous les parents dont le repas n’est pas un moment serein.

 

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6 commentaires sur “RGO, coliques, dysoralite: quand le repas est difficile

  1. Merci pour cet article très intéressant qui reprend tout! Je le partage! Le chemin risque d’être long, mais nous vivons une belle époque, car les enfants sont aujourd’hui écoutés. Je connais des parents d’enfants présentant une dysoralité qui en ont eux-mêmes souffert, mais il y a encore quelques années les enfants étaient vite considérés comme caractériel ou anorexique, cela amenait des prises en charge mal adaptées et finissait par créer un vrai trouble psychologique à cause du forçage, de la perturbation de la relation parent-enfant… Je pense que dans le futur, le terme d’hypersensibilité globale (et d’hyposensibilité car cela existe aussi) sera mieux connu et mieux pris en charge, grâce à des parents comme vous qui prennent le temps d’informer et de faire connaitre leur parcours, et grâce à des professionnels de santé mieux formés (je l’espère, surtout du côté des pédiatres…).

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  2. Je lis votre blog depuis un moment sans jamais commenté, votre article me parle beaucoup (ça avait déjà été le cas avec le reflux) en me disant que je ne suis pas folle avec mon bébé de 19 mois qui refuse les morceaux… Quand on regarde les symptômes il en a beaucoup : fort réflex nauséeux, pas de plaisir à manger, il ne réclame jamais à manger, pas de changement dans les textures des repas … J’ai commencé quelques recherches sur internet et il cumule quelques facteurs : prématurité, nourri par sonde, reflux. Quand je vais au médecin pour en parler on me dit il grossit et grandit bien, il n’a pas encore toutes ses dents c’est normal ça va venir on ne s’inquiète pas avant 2 ans.
    J’espère que vous trouverez vite un suivi adapté à la bête

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    1. Cela m’exaspère cette tendance qu’ont les médecins à ne jurer que par les courbes de poids! Un bébé qui grossit correctement n’est pas forcément bien portant et vice versa, un bébé tout fin pourra aller très bien! Mon pédiatre me disait aussi qu’on n’intervenait pas avant deux ans et finalement, vu que la courbe de La Bête commence à stagner, il va me faire la lettre! N’hésitez pas à être insistante, ce n’est pas une situation normale de rester bloqué à des purées de début de diversification à cet âge-là. Et le risque (que je traverse actuellement), c’est que votre fils se lasse de s’alimenter toujours de la même manière depuis des lustres, sans parvenir à manger autre chose et, bingo, les quantités diminuent… 😦 Bon courage, ce n’est pas une situation confortable.

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      1. Je voulais passer l’été et attendre nos vacances pour prendre plus de temps avec lui, mais je ne suis pas très convaincue. Paradoxalement, il y a certain aliment qu’il mange en solide : comme le saucisson, ou des gâteaux fait maison. Mais ça reste assez rare.

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