Infertilité, fausses couches

Une simple question

Cette peur, j’ai commencé à la connaître quelque part en 2014. Elle s’est immiscée doucement dans mon esprit, s’y est fait un nid douillet et a entamé sa lente et terrible croissance. Cette peur qui est devenue pendant plusieurs années ma fidèle compagne se résumait en une question, une simple et douloureuse question: et si tu n’avais jamais d’enfant?

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Le poids de cette question, on ne peut le soupçonner si on ne se l’est jamais posée sérieusement, en tremblant en la voyant se concrétiser, mois après mois, années après années. Et encore, je n’ai pas à me plaindre, elle ne m’a accompagnée que deux ans: de ce jour de 2014 jusqu’au 29 décembre 2016 où, miraculeusement, mon corps a expulsé un bébé vivant. Pour l’unique fois de bien des tentatives…

Voir le temps qui passe, l’horloge de la vie qui tourne et ne pas donner la vie est quelque chose qui vous change à jamais. On peut affirmer prendre tout le recul que l’on veut, cela ronge de l’intérieur. On assiste, impuissante, oubliée du destin, aux grossesses et naissances, le plus souvent faciles, des autres. Et l’on ne peut que sentir son ventre bien vide et le trou qu’il laisse dans sa vie. On essaie de comprendre: pourquoi les autres y arrivent-elles et moi non? Qu’est-ce qui ne va pas? Après avoir maudit le destin, en tant que non-croyante, je n’y voyais que des raisons purement rationnelles: mon corps était un traître, il n’y avait pas d’autre explication. Je me traînais un corps incapable de faire ce pour quoi il était fait: donner la vie.

mal ventre

Dans la vie de tous les jours, on fait « comme si ». On maintient la flamme de son couple, on achète une jolie maison avec jardin et chambres prévues. On esquive avec un sourire gêné les questions de la famille qui s’interroge sur le moment où on fera enfin cet enfant. Quand même, depuis le temps qu’on est ensemble! A chaque question, le cœur se serre, l’âme se verrouille, ne pas pleurer, ne pas craquer, se taire, attendre. On va de temps en temps dans la chambre qu’on espérait un jour habitée d’un petit être gazouillant et plein de vie et on constate avec douleur le silence qui y règne. Ce silence qui règne dans toute la maison alors que partout dans les environs résonnent les rires d’enfants…

Attendre, c’est ce que l’on apprend le plus, dans ce parcours. Attendre l’ovulation, attendre les règles, toujours si ponctuelles. Si par miracle, le test est positif, attendre de voir le taux grimper…Ou s’effondrer. Attendre les années requises avant d’aller en PMA, attendre les résultats des différents examens, attendre. On se pensait acteur de la venue de son enfant, comme dans n’importe quel couple, on en devient tristement spectateur. Il faut dire qu’on a tellement attendu, vainement, on n’est plus à de longs mois d’attente près. Finalement, s’en remettre à la médecine fait du bien.

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En tant que femme, le rapport à mon corps, déjà pas simple de base, s’est bien détérioré. Comment aimer un corps qui nous trahit, mois après mois? Comment l’excuser de cette infertilité « inexpliquée », de ces fausses couches « inexpliquées », elles aussi. Alors arrive cette colère. Elle est sourde, le monde ne la voit pas, mais elle est aussi brûlante qu’un cratère en fusion. On se déteste, on se hait autant qu’on hait toutes ces femmes heureuses au ventre rebondi. On hait tout et tout le monde, mais en fait, la haine la plus forte est toute entière tournée vers soi-même.

Evidemment, on apprend à tout cacher: la colère, l’angoisse croissante, la tristesse et la profonde lassitude qui s’installe. En voyant les autres couples enfanter si facilement, on renonce encore plus: on ne doit pas être faite pour ça, c’est la seule explication.

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Cet article, il y a trois ans, je n’aurais pas pu l’écrire. Ce n’est pas faute d’avoir extériorisé tout cela sur un blog anonyme, mais quand on est dedans, le recul est difficile voire impossible.

Je suis sortie de tout cela comme j’y étais entrée: sans l’avoir vu venir. Pourtant, même quand on mesure jour après jour sa chance, on n’oublie rien. On ne souffre plus, la peur sourde s’est envolée, mais on n’a rien oublié. On n’ose pas se plaindre de quoi que ce soit lié à la maternité, ce serait indécent. On se refuse de ne pas assurer, en tant que mère, ce serait cracher sur un cadeau inestimable de la vie. Mais on comprend, mieux que personne, la souffrance profonde que ressentent les couples qui n’ont pas encore réussi.

Malgré tout, si je suis des blogs de femmes qui attendent encore, je me sens illégitime. Je n’ose que rarement commenter, je suis miraculeusement passée de l’autre côté de la barrière, du côté des chanceuses, de celles qui « ne peuvent plus comprendre ». Cependant, je me souviens bien que lorsque j’étais enceinte, je ne me sentais pas plus légitime auprès de mes congénères au ventre rond. Mon corps reste un terrain hostile, ma grossesse n’a pas été un long fleuve tranquille, je n’étais pas une future maman sereine. Peu importe le côté où l’on se trouve, finalement, avoir traversé ce tunnel, avoir vécu avec cette terrible question laisse des traces.

Toutes mes pensées pour celles et ceux qui cohabitent encore avec cette affreuse peur.

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29 commentaires sur “Une simple question

  1. Tellement vrai… Personnellement je n’ose plus parler de grossesse ou tout sujet lié à qui que ce soit, car je me sens pas légitime d’exprimer la douleur que ça a été.. Et en même temps avec mon passé je n’arrive même plus à féliciter où me réjouir piur quelqu’un avant qu’il n’ait son bébé dans les bras. C’est plus simple de ne pas en parler. Mais ce n’est pas faute de penser chaque jour aux couples qui font face à ces galeres.

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  2. C’est vrai qu’on n’oublie pas. Je grince encore des dents quand on me demande : c’est pour quand le deuxième ? Ça ré ouvre la blessure… et comme toi je ne me sens plus légitime de commenter les blogs de mamans en attente alors que je comprend très bien ce qu’elles vivent mais j’ai trop peur que mes commentaires soient malvenus alors je ne dis rien.

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    1. Depuis que La Bête est née, j’ai moins de mal à dire clairement que c’est un miracle. L’avantage est qu’on ne m’ennuie pas avec la question du deuxième ou c’est mieux tourné en prenant en compte le fait que ce n’est pas évident chez nous.

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  3. Oui c’est vrai qu’on n’oublie jamais le fardeau de l’infertilité, même quand on a eu la chance de monter dans le train et d’arriver à destination. Je vois aussi mon corps comme un no man’s land incapable de procréer, malgré ma 1ère grossesse.

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  4. Cet article me parle car j’ai voulu un enfant avant mon conjoint, je voyais mes copines se lancer dans le projet et quelques mois plus tard me dire qu’elles avaient un pb (fausse couche, FIV, endométriose) et moi je me voyais la, oujours sur la ligne de départ sans savoir si moi aussi j’aurais ce genre de soucis ou non.

    Rester dans le questionnement … sans savoir … tellement un tord cerveau … Courage

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    1. Avant de me lancer, j’ai eu le même questionnement que toi. On se connaissait depuis 7 ans avec Chéri quand on s’est lancés donc j’avais eu le temps d’envisager que ça puisse être difficile. Néanmoins, c’était encore léger par rapport au moment où, en effet, il s’est avéré que Dame Nature n’était pas avec nous. C’est vraiment terrible comme situation…

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  5. Merci pour ce texte qui reflète ce que tant de femmes ressentent.. Je ne suis pas encore de l’autre côté du tunnel et c’est très dur. Effectivement, cette question me hante un peu plus à chaque cycle qui passe. Alors j’essais de me préparer doucement à cette terrible possibilité. Plan B : adoption. Plan C : passer notre vie à voyager et faire de belles choses pour combler ce vide et quand même vivre une vie remplie de richesses de découvertes… mais comme tu le dis plus haut, ce n’est pas si simple de renoncer… C’est tellement difficile et injuste!

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    1. C’est ancré en nous, c’est plus qu’un désir, c’est un besoin. Le corps et l’esprit ne pensent qu’à cela, renoncer en devient donc très difficile. Je vous souhaite de tout coeur de finir par passer du côté des heureuses!

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  6. Tout pareil…
    3 ans de PMA pour notre première.
    On a passé deux ans, soit la moitié de sa vie à essayer d’avoir un 2e.
    Ce ventre vide qui me rongeait, ce souvenir de fausse-couche qui nous faisait croire que ça marcherait forcément un jour, ce déménagement et à nouveau une pièce vide…
    Après bien des échecs, on a décidé d’arrêter et de profiter de notre fille unique. Cest un deuil difficile, une décision que je ne pouvais pas prendre avant de tout tenter, mais également un énorme soulagement.
    Aujourd’hui j’essaie de me réconcilier avec ce corps, je me fais enfin aider d’une psy.
    Je sais que je n’aurais pas bien vécu ma grossesse si j’avais su que ce serait la dernière. Alors c’est mieux comme ça.
    Et avoir un enfant unique a des inconvénients mais également plein d’avantages. Comme les fratries de 2 ou plus…
    Je te souhaite de trouver ta voie, quelle qu’elle soit et plein de courage.

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    1. Merci beaucoup pour ton témoignage, ton histoire semble avoir été très douloureuse aussi mais je suis ravie que tu aies trouvé ta voie et prennes la situation du bon côté. Les choses viendront lorsque ce sera le moment, que ce soit le choix de se battre ou de reculer. Maintenant, j’ai confiance.

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  7. Bonjour à toutes et à tous, un message pour toutes ces personnes qui se sentent mal vis à vis de ceux qui n’y arrivent pas… à quoi bon ?! Encore plus si vous avez souffert, lutté et y êtes arrivés ! C’est plutôt un message d’espoir que vous portez pour nous toutes, qui ne peuvent réaliser ce rêve (maintenant ou à tout jamais). Haha cette parenthèse me fait penser à cette célèbre phrase lors de la célébration d’un mariage à l’époque 🙂 enfin à l’Eglise … : « ou qu’elle se taise à jamais » XD D’ailleurs dans l’instant légèreté je remercie la personne qui a mis le lien sur le clip concernant la PMA … 🙂 En fait, je suis un peu sur le c*l que vous soyez autant à culpabiliser alors que vous avez morflé et savez encore mieux ce que l’on peut ressentir même si c’est pour beaucoup dans la nature de l’être humain, dans l’ère de la société de faire culpabiliser, on nous éduque ainsi mais à quoi bon encore ?! de vous infliger cela?! c’est VOTRE moment de bonheur et on a qu’une SEULE VIE. VIVEZ vos moments de bonheur que vous pouvez avoir chaque jour. Profitez de ces journées qui passent si vite.. le temps est précieux et ces moments de joie, ils vous sont dus et vous le méritez bien plus que quiconque, vous, qui vous êtes battus. Donc Souriez et soyez fiers. N’ayez pas honte, ni peur de blesser. On ne peut calculer afin de ne pas blesser, c’est impossible. Restez vous même, naturels. Si cela arrive, la personne en face vous le dira et si c’est le cas, ce sera désamorcé. Si la personne ne vous en parle pas, et préfère prendre du recul, c’est ainsi qu’elle choisira d’agir. Vous n’y pouvez rien. Il y a des jours où l’on se sent fort, prêt à tout, combattant, sourire aux lèvre en voyant des bébés, enfants dans votre entourage et … D’autres jours, où rien qu’un mot, dans un film, une pub, peut vous anéantir. Nous sommes humains, des êtres imparfaits, remplis d’émotions. D’ailleurs, si l’on apprenait, en premier lieu, à s’aimer ? Je n’ai pas guide hein … 🙂 mais j’essaye tant bien que mal chaque jour, quand je peux car je suis humaine, je vais d’abord être moins exigeante avec moi même. Je comprends tout juste, que ce long travail d’acceptation de soi, plus difficile face à sujet … me demande déjà de faire la paix avec moi même. Faites de même ! Et je vous souhaite de vivre heureux.

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    1. Avoir connu cette souffrance nous la fait d’autant mieux ressentir pour ceux qui y sont dedans. Je ne me sens pas forcément coupable, on a largement mérité notre part de bonheur, je dirais que c’est plus de la retenue, ce que moi j’attendais des autres lorsque j’étais encore dans le combat. Mais merci pour ce beau message et bon courage à vous!

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  8. Même si mon parcours reste simple par rapport à d’autres (19 mois d’attente sans la moindre accroche), j’ai eu le temps de me poser cette question… Et c’est sûr qu’on n’oublie pas, et qu’on mesure d’autant plus sa chance.

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