Pensées de mummy·Vie quotidienne

La métamorphose

Je pense que toutes les mamans seront d’accord avec moi sur un fait indéniable: devenir mère nous transforme. Profondément. Je n’aurais jamais pensé, avant de le vivre, que cela pouvait avoir un tel effet.

Honnêtement, pendant toutes ces années d’attente, je pensais prendre une taille de bonnet, deux tailles de vêtements et aimer un être plus que les autres. Question tailles, double zéro, j’ai perdu une taille de bonnet et deux tailles de vêtements. Côté amour, je l’aime incontestablement d’un amour que les mots sont bien trop faibles pour décrire, un amour qui dépasse et transcende tout. Il n’est pas arrivé dès que nos regards se sont croisés, contrairement à ce que l’on peut souvent lire, mais maintenant, je l’aime plus que n’importe qui sur cette terre. Mais à part ça, qu’est-ce qui change?

soleil

La vision de la vie en général

Je pense qu’une femme lambda qui met au monde son enfant sans attente anormalement longue ne ressentira pas cet effet. A l’inverse, j’imagine que toutes mes copines d’infortune ont plus ou moins fait ce constat: on ne voit plus la vie de la même façon une fois qu’on est sortie de ce long tunnel d’infertilité. Comme je l’ai déjà raconté, l’infertilité et les fausses couches répétées nous assignent de nouvelles compagnes de route permanentes: la colère, la tristesse et la culpabilité. L’envie, aussi. On n’est soi-même qu’en surface, pour continuer à vivre le plus normalement possible. Mais au fond, c’est un vrai carnage, cela détruit tant de choses! On se balade avec un vide sidéral en soi, dans un monde où des tas de femmes tombent enceintes sans le vouloir et où des enfants meurent sous les coups de leurs parents. Comment rester inchangée dans ces conditions? Peu à peu, j’ai vu la vie comme une garce que l’on ne ferait plier qu’au terme d’un bras de fer cruel. On n’aurait pas d’enfant aussi facilement que les autres, il faudrait le mériter. Soit.

Depuis que La Bête est là, je suis apaisée. Je n’aurais pas pensé l’être autant. Envolées, la colère, l’angoisse, la culpabilité, la tristesse, la jalousie. En fin de compte, cela fait un sacré poids en moins sur le cœur! Et une nouvelle version de soi-même à découvrir: une femme optimiste, qui voit la vie du bon côté et qui se remet à croire aux miracles, juste un peu…

happy

La capacité à relativiser/ la gestion du stress

A l’origine, j’étais une bonne candidate au concours de Miss Anxieuse de l’Année! Depuis ma plus tendre enfance, j’étais qualifiée d’anxieuse, angoissée. Cela allait du petit rien à l’épreuve ultime (genre, l’oral du CAPES) où j’avais vraiment l’impression que j’allais mourir, là, sur ma chaise, devant mes examinateurs. J’arrêtais une semaine avant de manger, de dormir, de parler, de vivre! Un proche était malade, je stressais. Mes cours n’étaient pas prêts assez longtemps à l’avance, je stressais. Ma voiture faisait un bruit bizarre, je stressais. Et puis, La Bête est née.

Elle a immédiatement et définitivement redistribué les cartes de ma vie. Je n’ai plus qu’une source de préoccupation permanente: elle mesure 81 cm et dort présentement. De fait, ma quantité de stress pour tous les autres aléas de la vie a drastiquement diminué. Non pas que je m’en fiche mais tant que ma fille va bien, le reste peut bien attendre, je suis plutôt zen. Même concernant La Bête: je redoutais sa première vraie maladie, celle où ton bambin tremble de fièvre, a les yeux tout brillants et est amorphe. Je me souviens que lorsque c’était arrivé à ma demi-sœur, j’avais vraiment été angoissée. Et bien, en fait, pas de quoi fouetter un chat! Ma priorité étant de ne pas dramatiser et encore moins la stresser elle, j’ai géré la situation avec une zénitude qui m’a moi-même bien étonnée. A croire qu’en perdant les eaux, j’ai perdu des litres de stress avec…

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PS: ce n’est pas pour autant que je compte repasser les moindres oraux de concours dans ma vie, hein…

La confiance en soi

Je pense que c’est la conséquence logique des deux étapes précédentes. Vision de la vie positive + perte d’un stress envahissant = meilleure confiance de soi, il me semble. Elle s’est bâtie peu à peu car les tout premiers mois, ce n’était pas encore ça. Mais maintenant, je me sens beaucoup plus en confiance avec moi-même car j’élève ma fille en étant convaincue de mes choix et en constatant qu’ils portent leurs fruits. En plus, j’ai réussi à porter et donner la vie! Quand même, quoi! Ainsi, je suis bien plus affirmée et sûre de moi qu’auparavant et ça fait plutôt du bien, en fait!

8 mois gross

Le retour de l’enfance

Pour cette rubrique, c’est à double tranchant. En devenant mère, j’ai vécu en pleine face le retour de mon enfance. D’un point de vue d’adulte en me souvenant des choix éducatifs de mes propres parents, en constatant leurs effets très discutables sur ma vie actuelle et en m’en éloignant volontairement pour l’épanouissement de ma fille. Pendant plusieurs mois, ma mémoire s’est amusée à me renvoyer des scènes de mon enfance, rarement les plus joyeuses, et pourtant bien enfouies. Elle me ressortait ces vieux démons et je l’ai moyennement bien vécu, bien que je pense que cela m’a grandement confortée dans mes choix.

fillette noir

Mais mon enfance m’est aussi revenue par un aspect plus chouette, à travers les yeux de ma fille. J’ai réappris à voir les petites choses de la vie auxquelles un adulte ne prête plus attention, alors qu’elles peuvent émerveiller un tout petit. Cela aide, aussi, à voir la vie côté lumière. Prendre le temps de trouver un avion dans le ciel, de plonger ses mains dans la peinture, de se concentrer sur un coloriage, de vouloir attraper des bulles, de toucher des fleurs, des feuilles, de caresser la tête d’une poule, de s’allonger dans l’herbe, de sentir une huile essentielle et de se dire que c’est beau, tout ça. J’aime voir la vie à travers ses yeux, non seulement elle en devient bien plus ludique mais cela m’aide à comprendre ce qui se passe dans sa petite tête. Peu à peu, je la connais par cœur, ma petite Bête…

Les adaptations physiques

Celles-là, on en parle davantage. La maman est livrée avec tout plein de nouvelles options qu’elles n’avait pas auparavant.

La maman est capable de dormir bien moins qu’avant en dépensant deux à trois fois plus d’énergie tous les jours.

De fait, elle est capable de s’endormir en moins de 3 minutes tous les soirs, peu importent les circonstances.

fatigue

La maman est capable de faire beaucoup de choses différentes à la fois: faire la cuisine-étendre le linge- surveiller son bébé; ranger le linge- nourrir le lapin- surveiller son bébé; conduire- insulter les autres conducteurs- donner un biscuit à son bébé; colorier-laver le tapis- finir le coloriage- discuter avec son bébé.

La maman perd des capacités de mémoire à long terme et même à court terme, pendant de longs mois. Néanmoins, du jour au lendemain, la maman se rend compte qu’elle a une mémoire décuplée concernant les aspects pratiques de sa nouvelle vie: la valise de bébé, le sac à langer, les courses pour son bébé, rien n’échappe à son œil acéré de maman-louve!

La maman a une capacité de dingue à mettre de côté ses tracas et bobos au profit du bien-être de son bébé: elle a beau être crevée, malade, soucieuse…Elle oublie absolument et spontanément tout en la présence de son petit! Bon, gare à l’effet boomerang quand il dort…

mère fille

La maman a un décodeur à babillages parfaitement adapté à son bébé, même lorsque celui-ci s’exprime préférentiellement par monosyllabes. Je peux te sortir une phrase complète avec un ga-poipoi-miam! Mummy-Translate, à votre service!

La maman peut, simplement à l’odeur, décrire précisément le contenu de la couche de son bébé. Pas seulement pipi ou caca, mais la quantité, la texture, la totale!

La maman est branchée sur la même fréquence que son bébé, l’humeur de l’un reflète l’humeur de l’autre, c’est très déconcertant, même au bout de 19 mois.

La maman est prête à perdre un bras tragiquement, sa condition lui a appris à savoir tout faire d’une main.

En définitive

Je suis loin de prétendre être la mère parfaite. De toute manière, elle n’existe pas. J’ai plein de défauts qui font de moi une personne humaine. Néanmoins, j’apprends à connaître cette femme que ma Bête a fait naître à son tour en venant au monde. Et vous savez quoi? Et bien elle me convient bien, cette version apaisée…

Et vous, alors, dites-moi, avez-vous constaté les mêmes changements chez vous?

 

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8 commentaires sur “La métamorphose

  1.  » Tant que ma fille va bien le reste peut attendre. » Cette phrase résume tout ici aussi. Pour le reste je me reconnais pas mal en ce que tu écris: la mémoire qui a établi ses priorites, la capacité a faire 10 choses à la fois… mais surtout la zénitude. Trés anxieuse dans le passé, et surtout durant ma grossesse, je me découvre une sorte de « je m’en foutisme » pour tout, sauf pour ma princesse. Mais pour résumer, je suis beaucoup plus heureuse et épanouie depuis que je suis Maman!

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  2. Ton article me parle, comme toujours ! Tant que bébé va tout va ! Je n’étais déjà pas très stressée avant mais alors là j’ai carrément banit ce mot de mon vocabulaire. Et pour la nouvelle femme que mon fils a fait naître, comme toi, j’apprends à faire connaissance avec elle et je la trouve plutôt pas mal 😉

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  3. Énormément de changement ici aussi.
    « Tant que mon fils va bien, tout va bien » est resule parfait.

    De mon côté, j’avour que si tous les sentiments négatifs liés à l’infertilité étaient envolés avec la naissance de mon fils, ils son revenus de plus belle après la fc « tardive », et notamment encore plus en ce moment car la dpa approche et, merci la vie, mon entourage est remplis de « grossesses surprises non désirées ».

    À part ça moi c’est le contraire je suis plus anxieuse qu’avant, même si je le cache tant que je peux a mon petit, ses divers soucis (hernies/operations – eczema – asthme – Rgo..) m’ont pas mal stressée. Mais il faut dire que avant j’avais 0 stress.
    J’ai plus confiance en moi, c’est pas la grande confiance mais j’arrive à me dire que je suis ce que je suis mais je suis le meilleur pour mon fils. Je meus l’être en tout cas.

    Côté mémoire, rien à noter, j’enregistre tout, dommage, ça aurait pu être un avantage.

    Sinon j’ai perdu 20kg après ma grossesse, j’en avais en trop alors c’est juste parfait.

    Je suis devenue plus créative, je trouve toujours de nouvelles idées pour l’occuper.. 10secondes parfois.. Mais je me surpasse alors qu’avant ca n’a jamais été mon truc ^^

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    1. Ton parcours est différent du mien, ce n’est pas étonnant que certains aspects plus durs soient restés. J’ai eu beaucoup de chance de ne jamais faire de FC tardive et que le RGO de La Bête soit finalement simple et de durée raisonnable. Dans un contexte comme le tien, il est évident que je ne serais pas aussi zen. Bien vu pour la créativité, même chose ici!

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  4. Il n’y a aucun changement qui soit aussi radical dans la vie d’une femme que de devenir mère; C’est difficilement imaginable tant qu’on ne l’a pas vécu. Je suis devenue incroyablement organisée et calme, même si je suis aussi devenue très vulnérable émotionnellement. L’amour et la confiance absolus d’un enfant est vraiment quelque chose de profondément bouleversant.

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