Infertilité, fausses couches

La 2è étape du deuil

triste

Il semblerait que je sois rapide comme l’éclair pour traverser les étapes du deuil de ma 6è étoile… Mercredi, j’étais effondrée. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps devant ma fille, dans les bras de Chéri et même un peu toute seule. Mode serpillière activé. Un légume. Etape 1 validée.

Hier, j’étais comme anesthésiée. J’ai fait cours à fond, focalisant mes pensées à 300% sur mon travail. J’ai bossé comme une damnée pour ne pas penser. Ça a plutôt bien marché, j’ai même eu l’impression de reprendre plaisir à faire cours! Faut dire, je la maîtrise depuis ma première FC, cette stratégie…Qui ne fonctionne qu’un temps, je me connais.

Aujourd’hui, si j’avais pu, je me serais baladée avec une pelle. Pour m’enterrer et hiberner en position fœtale jusqu’à plus soif ou pour la mettre sur la tronche de mes élèves. Au choix. Ou les élèves et moi après. Je bouillonne de colère intérieurement, une cocotte minute sous pression. J’en veux au sort de me réserver toujours le même scenario depuis 2014, La Bête heureusement mise à part. J’en veux à mon salaud de corps de tuer mes embryons puis de ne pas savoir qu’en faire ensuite. Mon taux semble stagner comme pas permis. Rien ne bouge, mon corps est autant en gestation que mardi! Sauf que moi je sais que mes seins arrondis, que ma fatigue, que ma faim fluctuante, que tout ça ce n’est que du flanc. Parce que mes foutus tests ont parlé, eux: rien ne se passe. Et ça, j’en ai ras la casquette. Je voudrais que tout se termine, un grand ménage de printemps et on n’en parle plus.

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Apparemment donc, j’en suis à l’étape 2 du deuil: la colère. Ah, ça explique tout! Parce que moi qui suis du genre pacifiste en temps normal, là je me sens tigresse à jeun depuis deux semaines. Je boufferais n’importe qui. Mon amie et collègue Emilie m’a demandé entre deux portes comment j’allais, je n’ai plus bafouillé qu’un « j’en ai marre, ça me soûle, faut que ça se fasse! » Je fuis les gens, leur présence me fatigue plus que jamais. Sourire, faire semblant d’être normale, tenir une conversation, tout me coûte. Attendez que l’œuf ait dégagé le plancher et peut-être bien que je redeviendrai le doux agneau si sociable que je suis d’ordinaire.

Même à Chéri, j’ai du mal à dire ce que je ressens. Je ne trouve pas mes mots parce que tout est très confus dans mon esprit. Un bouillon à base de j’en voulais quand même beaucoup de celui-là VS ce n’est pas si grave, on a La Bête VS j’y ai cru avec un si beau test à ce stade VS que je suis cruche, avec 5è FC antérieures à mon actif, j’aurais quand même dû m’en douter VS viens, on le fait vraiment ce Numérobis VS plus jamais je ne veux tomber enceinte VS j’en ai marre de penser, même ça, ça m’épuise! Vous l’avez compris, je suis même capable de me soûler moi-même!

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Paraît que la 3è étape est la négociation. Je me vois déjà loucher sur le prochain test en l’encourageant « allez, petite barre, tu es en fait bien plus foncée que tu n’en as l’air, hein! ». Non, je vous rassure, je sais qu’il n’y a rien à négocier avec qui que ce soit hormis mon utérus: « Vire-moi cet embryon mort qu’enfin je passe à autre chose! » Non seulement je déteste me sentir « enceinte » d’une lueur éteinte et au quotidien, savoir que d’un moment à l’autre peut commencer le déluge accompagné de douleurs, tout deux très imprévisibles, a un côté plutôt anxiogène, surtout quand on est prof.

Après ce sera apparemment la dépression, tout ça. Oh oui, les larmes vont revenir. Quelque part entre deux serviettes couleur carmin et une chute hormonale un peu pire que les mois précédents. Mais je ne préfère pas me projeter si loin, à chaque jour ses réjouissances, hein.

En attendant, je pose encore ici les mots qui restent obstinément bloqués dans ma gorge. Ça permet de ne pas exploser trop vite, trop fort, voire même de ne pas exploser du tout. L’écrit m’a tant de fois sauvé la mise! Vos messages m’ont émue comme vous ne pouvez même pas l’imaginer, vraiment. Vous êtes hélas nombreuses à avoir traversé cela et comprenez bien, apparemment il semblerait que je sois en fait normale de ressentir tout ça. Et celles qui n’ont pas traversé ça n’en trouvent pas moins les bons mots qui font du bien et je vous en suis vraiment très reconnaissante. Chéri, La Bête et vos mots sont les seuls réconforts que je laisse entrer dans ma bulle de colère. Alors encore merci. Et un énorme croisage de doigts pour celles qui attendent leur petite lueur, elles se reconnaîtront.

rose main

 

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14 commentaires sur “La 2è étape du deuil

  1. Oh ma belle…je suis de tout coeur avec toi…c’est dur, quand on est englué dans sa peine c’est tout à fait normal de ne plus supporter de parler à qui que ce soit, d’être révoltée, que tout nous coûte…j’espère juste que ces étapes de deuil vont se faire petit à petit et que tu trouveras des réponses du côté médical. Pour l’instant c’est trop tôt, mais tu vas rebondir et j’espère qu’un bébé s’accrochera pour de bon (les médecins ne t’ont pas prescrit de traitement anti-fc genre aspegic nourrison, etc? J’ai lu que ça pouvait aider les accroches?). Je ne peux malheureusement pas beaucoup t’aider de là où je suis, ni dire des choses qui t’épaulent mais je pense bien fort à toi derrière mon écran. Enferme-toi, emmitoufle-toi, tape, hurle, crie ta colère, elle est normale et même saine je dirais ! Courage. (et j’espère que ta petite étincelle choisira un moment opportun pour s’en aller car en effet en étant prof je n’ose même pas imaginer le stress que ça doit te rajouter).

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    1. Ton soutien comme celui des autres est précieux. Se sentir comprise et, finalement, normale, ça aide déjà. On m’a fait tout un tas d’examens pour comprendre ce qui plante: hormones, anticorps, coagulation, état des trompes et de l’utérus: RAS. Néanmoins, 98% de soldats anormaux chez Chéri (enfin, en 2016 du moins) et endométriose sur un ligament utéro-sacré chez moi. Qui dit endométriose dit réactions inflammatoires chroniques donc terrain bof pour un embryon. Pourtant, quand tu interroges les spécialistes: un zozo anormal ne féconde pas (pourtant, bizarrement, on trouve ce phénomène chez beaucoup de couples sujets aux FC répétées) et l’endo ne cause pas de FC, seulement des difficultés pour tomber enceinte. Tout ça me laisse très dubitative.

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      1. Hum…et la FIV ne t’a jamais été proposée? Mon gygy m’avait dit qu’à partir de 3 fc (ce qu’on considérait comme à répétition), on investiguait. J’avais une collègue qui avait fait (de mémoire) 4 fc et grâce à un traitement (je ne connais plus le nom du médoc), a réussi enfin a être (durablement) enceinte. Mais le corps médical n’a pas toujours le recul je pense, concernant les fc…c’est compliqué…

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  2. Je n’ai jamais vécu de fausse couches, je ne peux donc pas savoir ce que tu vis, mais j’imagine à quel point c’est difficile. D’autant plus quand on a déjà un enfant et quon ne peut pas s’effondrer devant lui, en ne voulant lui faire sentir sa douleur. J’espère de tout coeur que tu pourras avoir une explication sur ces fausses couches. Courage !

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  3. Ma pauvre… J’étais en vacances ces derniers temps et je n’ai pas suivi les articles de la blogosphère. Je me suis rendue sur ton blog pour lire tes nouveaux articles et quand j’ai vu les titres je me suis dis “oh nooon, pas encore une autre” 😔. Malheureusement si 😰. Toi qui as déjà tant souffert c’est injuste 😔. Je suis désolée pour cette sixième FC, ce doit être éreintant 😔. Bon courage à toi, bisous et câlins 😘😘

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  4. Comme toi, l’attente m’est insupportable… on attend qqch qu’on a pas envie qui arrive, c’est inhumain je trouve…. tout est conditionné par cette attente dans notre journée… je t’envoie bien du courage pour ces prochains jours ! Encore une fois, prends soin de toi malgré tout. Et n’en veux pas trop à ton corps, il fait comme il peut…

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  5. Je ne peux rien te dire d’autre que je comprends et que c’est pour ça que je suis si triste pour toi. Je suis comme toi, je demande juste à mon utérus de faire son job. Je déteste cet entre deux pourri … Parce que je me dis qu’après il y’a aura un nouveau cycle.

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  6. Je pense bien à toi… Aucun mot ne t’apaisera pour le moment et je comprends que cette attente puisse être longue et douloureuse. Toutes les questions que tu te poses me semblent normales, que tu ne saches pas où tu en es également. Courage, nous sommes tous avec toi par la pensée.

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