chut, on couve!

Fin du premier trimestre, début de ton histoire

Ton histoire a démarré le 5 novembre dernier. Depuis 48 heures, j’avais à nouveau cet étrange pressentiment qui m’habitait, le même qu’au début de chacune de mes grossesses depuis ta sœur. Ce petit tintement qui attire mon attention sur le fait que mon corps est trop calme pour préparer mes règles. Que quelque chose cloche. Alors ce 5 novembre 2018, j’ai écouté ce tintement et ai fait un test qui est ressorti sans équivoque: positif. Comme à chaque fois, j’ai tenté de rester zen et détachée, j’avais perdu 5 de tes congénères dans les quelques jours suivant le test, je savais que rien n’était joué.

oeuf

Le 7 novembre, ton destin a semblé se terminer comme les leurs: un test bien plus clair que l’avant-veille, comme tant d’autres fois! J’ai pleuré comme jamais, d’habitude je le prenais avec bien plus de diplomatie… Peut-être qu’au fond de mes tripes, une partie de moi sentait que non, tu n’avais pas lâché l’affaire. J’ai patienté, attendant le déluge rouge.

Le 10 novembre, ne voyant toujours pas la moindre goutte funeste se profiler à l’horizon, j’ai refait un test que je m’attendais avec certitude à voir ressortir négatif, comme à de si nombreuses reprises. Pour la première fois de mon existence, les faits m’ont donné tort: le test avait terriblement foncé. Je me souviens m’être assise par terre, prise de vertiges. J’avais l’impression qu’on m’avait mise dans une petite boîte qu’on avait secouée avec force. J’étais complètement sonnée. Puis effrayée. Que se passait-il dans mon corps?

Le 12 novembre, j’ai fait un dosage HCG pour en avoir le cœur net, depuis une semaine que cette incertitude se prolongeait, je n’en pouvais plus! Je suis devenue une experte en taux de cette satanée hormone, que mon corps a toujours peiné à sécréter en quantité suffisante, va savoir pourquoi, mon Numérobis, je te le demande… Lorsque j’ai récupéré le résultat, la fine flammèche d’espoir que j’avais s’est éteinte: le taux était ridicule, tout en bas de la fourchette pour ce stade. Entre ça, les pertes brunes qui ponctuaient ma semaine et les tests qui semblaient hésiter, moi je n’hésite plus et me prépare à ta perte.

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Le 14 novembre, je refais un dosage, histoire d’acter définitivement la chose. Je m’attends à une petite montée mais bien insuffisante, ayant l’impression de revivre ma première fausse couche. Contre toute attente, le taux a parfaitement doublé, on m’a remise dans ma boîte et secouée apparemment. Néanmoins, malgré ce doublement timide, le taux s’éloigne dangereusement de la fourchette normale. On en est loin. Quelque chose semble aller de travers, mais quoi?

Le 16 novembre, nouveau dosage, sur ordre du médecin qui suit mes drôles de péripéties de près. Cette fois-ci, le taux n’a pas doublé. On n’en est pas très très loin, mais on n’y est pas. La hausse ralentit. Pour moi, l’acte III est en train de se terminer, le rideau va tomber.

Comme pour me donner raison, le 18 novembre, j’ai des pertes bien roses. Celles qu’il me semble très bien connaître, celles qui annoncent mes fausses couches. En plus de cela, j’ai les douleurs caractéristiques. Finalement, je me sens soulagée qu’après 13 jours, j’ai enfin une réponse ferme qui s’esquisse. C’était sans compter sur ton côté blagueur, hein, Numérobis?

Le 20 novembre, les pertes ont cessé comme elles étaient venues. Le nouveau dosage révèle que le taux d’HCG poursuit son ascension, mais toujours laborieusement, sans doubler, en ralentissant. On est à des années-lumière de la normale. Je décide finalement de me rendre aux urgences, ayant peur que tu te sois accroché là où il ne fallait pas. Sur la route, j’ai hâte, j’ai besoin d’être enfin fixée après 15 jours d’enfer. C’était, à nouveau, sans compter sur ton sens de l’humour sur-développé! A l’échographie, on voit un joli petit sac, tout rond, tout bien placé! Déjà, tu avais trouvé le chemin… Puis dans le sac, la vésicule vitelline, en plus, tu avais pensé à emmener ton casse-croûte! Il ne manquait plus que…Toi. Pas d’embryon, rien, nulle part. A six semaines, ce n’est pas inquiétant, ni rassurant. Je repars pour dix interminables jours d’incertitude.

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Je erre comme une âme en peine à la maison, je n’aurais jamais dû accepter l’arrêt, ceux-là ont toujours un effet catastrophique sur moi. Le temps est suspendu, même si je ne me suis pas encore attachée à toi, je suis lasse de cet entre-deux. Je fais d’incessantes recherches sur l’absence d’embryon à 6 semaines, mais aussi sur les taux d’HCG pourris, sur le Cytotec, sur l’aspiration. Je veux être parée à tout. Ta sœur, en bonne éponge émotionnelle, est perturbée. Elle sent que sa maman est toujours coincée dans sa boîte.

C’est un vendredi que la réponse a commencé à s’approcher. Le vendredi 30 novembre. Je m’en souviens parce que c’est le jour de la pizza avec ton papa et que je me demandais si je l’arroserais plus ou moins copieusement de bière ou si je me soignerais en la prenant bio. Beaucoup d’avis sur la question m’ont été donnés ici, d’ailleurs. On a soudainement ouvert ma boîte dès que l’image est apparue sur l’écran: toi. Enfin, mon gros farceur, je te voyais! Certes, tu n’avais pas encore un look de dingue mais tu avais l’essentiel: un cœur qui palpitait. Décembre s’annonçait moins tortueux que novembre. Je te passe l’effusion de joie ici, mon Numérobis, tu es une star! Ça m’a émue autant que d’enfin te voir!

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En décembre, j’ai appris à enfin me détendre. Enfin, tout doucement. Ta sœur m’accaparait beaucoup et tu te faisais incroyablement discret! Je n’étais ni nauséeuse, ni fatiguée, n’avait ni douleurs, ni sautes d’humeur, ni envies, ni dégoûts… Je ne me sentais absolument pas enceinte. Par précaution, ton papa et moi avions fait le choix d’attendre l’échographie officielle pour annoncer ta venue alors les fêtes se sont passées en mode camouflage: petite bedaine naissante cachée derrière des vêtements minutieusement choisis, sélectivité alimentaire excusée par des analyses bidons et c’est passé. Tout cela a fait que ton existence m’échappait souvent.

Le 9 janvier est finalement assez vite venu! Quelques jours avant, je dois te l’avouer, j’ai commencé à baliser sec et à me refaire les films joyeux de la grossesse arrêtée. Après tout, je n’avais vraiment aucun symptôme et lors de l’échographie précédente, tu n’étais quand même pas bien grand. Cette fois-ci, ton papa était avec moi. C’est ensemble que nous t’avons (re)vu: tu avais tout ce qu’il fallait où il le fallait. Deux bras devant ton visage, comme ta grande sœur à chaque écho, tiens! Deux petites jambes qui remuaient délicatement. Une tête apparemment bien pleine, une toute petite clarté nucale, un petit bourgeon laissant penser que tu es … Ton petit corps de mini-humain, tes mouvements si doux, ça y était, je me suis enfin sentie enceinte. Mince alors, tu avais finalement tenu le coup! Good job my baby!

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En janvier, ma grossesse a vraiment démarré dans mon esprit. Il était temps, tu me diras! J’ai commencé à réaliser que fin juillet, vraisemblablement, tu viendrais mettre un peu plus d’ambiance dans notre joyeuse tribu. J’ai accepté de m’attacher, même si là encore, tout est très prudent et progressif. Ne t’en fais pas, ta sœur est passée par-là et sache que je crève d’amour pour elle. A chacun sa manière de s’attacher, hein?  Tu as commencé dans la seconde moitié du mois à marquer davantage ta présence: je me suis vraiment arrondie du ventre, mes ligaments m’ont fait ma misère, j’ai commencé à avoir le souffle court et la vessie à l’étroit.

Fin janvier, j’ai eu un nouveau petit pic d’angoisse car, soudainement, tout s’est calmé: plus de douleurs ligamentaires, un ventre qui stagne, un appétit bien normal, plus d’ébauches de possibles mouvements. Et puis hier…

Hier, le 1er février, je suis officiellement, à mes yeux, entrée dans le second trimestre. Celui où on peut un peu baisser la garde car les risques sont moindres. Celui qu’il faut savourer parce qu’on est pas encore trop à l’étroit. J’ai pris la boîte et l’ai balancée loin, on ne me secouerait plus dedans. Pour cela, il m’a suffit d’entendre ton petit coeur au doppler. Enfin, ce fut laborieux vu que tu te carapatais dès que l’appareil s’approchait de toi! Mais on t’a quand même eu, mon petit Numérobis. Tout en douceur, là encore, ton cœur palpite. Tu t’es accroché à la vie comme un beau diable, tu me donnes l’impression de revenir de loin sans savoir pourquoi les tout débuts furent si difficiles. La certitude que j’ai désormais, c’est que tu es un dur à cuire. Allez, encore six mois de folles aventures ensemble, je sens qu’on va se marrer!

 

 

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13 commentaires sur “Fin du premier trimestre, début de ton histoire

  1. À cœur vaillant, rien d’impossible!!!
    Il est bien accroché et ça c’est formidable. Tu vas pouvoir enfin te préparer physiquement et psychologiquement à son arrivée.
    Et quand tu le se tiras bouger, ça sera vraiment top!
    Profite bien, par expérience la deuxième grossesse passe trop vite, comme dans un tourbillon.
    Depuis que nous sommes parents, on a l’impression que la vie a actionné le mode rapide…
    J’espère que ton médecin aura la sagesse de t’arrêter avant la date prévue histoire que tu puisses bien te reposer.
    Et merci pour ton si joli article, il m’a rappelé les montagnes russes émotionnelles vécues il y a bientôt deux ans.
    Je te souhaite une très belle deuxième partie de grossesse maintenant.

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    1. Merci beaucoup pour ce joli mot! En effet, je me prépare doucement à cette arrivée qui fait de moins en moins de doute. Je commence à sentir quelques mouvement occasionnels mais de plus en plus perceptibles, ouf! C’est sûr que ces trois mois, malgré les angoisses, sont passés en un claquement de doigts! J’ai conscience qu’après-demain, il/elle sera là!

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