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Quand tout s’arrête

Nous étions au complet. Nous étions heureux. Chacun avait retrouvé sa nouvelle place. Mini Loup allait de mieux en mieux, son RGO reculait, il souriait, babillait, riait, dormait bien. Je ne cessait de dire à qui le voulait que tant que mes enfants allaient bien, j’allais bien. C’était si vrai…

Et puis il y a eu cet appel terrible de Chéri qui a stoppé net tout ça. Cet appel qui a fait basculer ma vie du rêve au cauchemar, du paysage de rêve au précipice. « Oui, c’est Mini Loup, SAMU, arrêt cardio-respiratoire pendant sa sieste ». Ça a signé la fin.

Je me souviens des gyrophares devant chez Super Nounou, des tas de gyrophares, partout. De mon entrée en fracas, de Super Nounou qui pleure recroquevillée sur le sol de sa cuisine. Des gendarmes et médecins partout, on me remarque à peine, même si mon fils est déjà en route vers l’hôpital.

Je me souviens du regard si peiné de la médecin du SAMU qui me dresse un pronostic très sombre. Elle parle de deuil, de nécessité de m’entourer et d’être suivie. Je réclame à voir Super Nounou, on se serre dans les bras, je lui dis qu’elle n’y est pour rien, qu’elle a fait exactement ce qu’il fallait faire. Elle est effondrée.

Je me souviens du regard tout aussi peiné de la responsable du service de réanimation pédiatrique lorsqu’elle nous dit que notre fils n’a pas pu être sauvé.

Je me souviens d’avoir vu mon tout-petit étendu, livide, déjà plus lui, alors que je l’avais quitté parfaitement en forme le matin-même. Mon cœur s’est ouvert en deux alors, mon fils était mort, moi aussi, un peu.

Je me souviens du retour à la maison, sans lui, de ses affaires qui traînaient partout et du froid qui coulait et coule toujours depuis dans mes veines.

Je me souviens de tout. Je m’en souviendrai à vie.

Depuis, la vie est un cauchemar dont on attend encore, Chéri et moi, le réveil. On l’espère encore tant cette réalité nous semble inconcevable.

Je suis une enveloppe vide, Mini Loup a emporté un gros bout de moi avec lui. Je n’étais pas prête, on ne l’est jamais. Je fais semblant. Je me lève, je m’habille, je m’exprime clairement et m’occupe de La Tornade qui sait mais le vit (pour le moment) avec détachement. Je tiens pour elle. Mais je ne suis qu’un champ de bataille rasé par une bombe d’une puissance dévastatrice. Je cours à perdre haleine contre le chagrin qui me poursuit jour et nuit. Il y a des moments où je gagne et parviens à garder contenance, et puis il finit régulièrement par me rattraper et je m’écroule. Mes larmes portent une quantité de chagrin qui pourrait les rendre solides. Je ne suis que chagrin.

Je ne peux pas. Je ne peux pas voir son lit qui porte encore l’empreinte de son petit corps et me dire que je ne l’y poserai plus jamais. Je ne peux pas sentir sa turbulette en me disant qu’elle restera vide, qu’il faudra la laver et la ranger, ou la vendre, ou la brûler, que sais-je? Je ne peux pas me dire qu’on va devoir organiser les obsèques de notre bébé qui n’avait même pas six mois. Je ne peux pas me dire qu’en dépit de tout ça, la vie doit continuer. Je vis tellement hors du temps, hors de mon corps, hors de ma vie…Je ne pouvais pas écrire ce « 1 » si cruel dans la case « nombre d’enfants »…

J’ai peur de me coucher car les pensées terribles liées à sa pertes viennent frapper à ma porte et me harcèlent toute la nuit. J’ai peur de me lever pour ne pas vivre notre heure si précieuse à nous deux. J’ai peur de l’heure du bain où nous n’avons plus qu’un enfant à baigner. J’ai peur de faire la vaisselle qui ne contient ni biberons, ni seringues d’Inexium, ni dosettes. J’ai peur de sourire et que mon sourire se brise en larmes. J’ai peur de dire « mon fils est mort » quand c’est nécessaire. J’ai peur de pleurer devant La Tornade et de rendre la situation plus dure pour elle. Mais j’ai peur de pleurer seule et de ne jamais être capable de m’arrêter tant la douleur est insoutenable. J’ai peur de n’être plus désormais qu’une coquille totalement vide qui a terminé sa vraie vie.

Tous les professionnels nous le disent: le plus dur reste à venir dans les prochains jours, les prochaines semaines. Le temps sans lui va s’accumuler, on va devoir lui dire au revoir pour de vrai et se reconstruire autrement. Je vais devoir accepter cette nouvelle cicatrice, bien plus béante que les précédentes. Je ne veux pas vivre tout ça. Je voudrais m’endormir et ne plus me réveiller. Mais j’ai un Chéri qui a besoin de moi, La Tornade bien en vie qui a besoin de moi, alors je tiens, je fais semblant. Mais rien ne sera plus jamais pareil, j’ai perdu mon compagnon de bataille.

Profitez de vos proches, de vos enfants. On pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres, Chéri et moi n’imaginions pas, ce lundi matin, ne revoir notre fils qu’étendu, mort, le soir. S’il-vous-plaît, laissez le futile de côté et choyez vos proches, la vie est affreusement courte et injuste.

 

 

 

Je ne sais pas ce qu’il adviendra de cet espace. Ecrire me libère, comme depuis toujours, mais je ne ferai pas de ce blog un bureau des pleurs. J’ai très envie de le fermer, mais mon petit bonhomme existe toujours en moi et La Tornade a encore de belles aventures à vivre. Je me laisse le temps de voir.

38 commentaires sur “Quand tout s’arrête

  1. Coucou, j’ai du relire plusieurs fois l’article pour être sûre d’avoir bien compris tellement cela me semblait inconcevable. Quel choc… Je n’ose pas imaginer votre détresse en tant que parents. Je suis si triste pour vous. À défaut de pouvoir vous réconforter face à l’horreur de cette situation sache que je pense très, très fort à vous.

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  2. Ma très chère, on ne se connait pas, on ne se connaîtra probablement jamais.
    Je n’ai aucun mot pour ce que tu vit, mais virtuellement je t’envoie une pensée, un souffle , une parenthèse peut être, un sourire au milieu de ton océan de tristesse (et encore le mot est faible).
    Courage !
    Soit une battante, pour ton fils! pour ta fille ! Pour toi !
    Cela peut paraître trop personnel , mais c’est a peu prêt la seule chose que je puisse faire : je t’embrasse.

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  3. Oh mon Dieu… je ne sais que vous écrire. Je vous suis depuis le début du premier blog. La vie s’acharne tellement… je suis si triste pour vous et je ne peux guère qu’imaginer votre douleur. Sincèrement.
    Je n’ajoute rien, tout paraîtra dérisoire.

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  4. J’ai pensé à vous beaucoup, beaucoup aujourd’hui. Te lire ce soir fait de nouveau couler mes larmes. J’aimerai tellement pouvoir faire quelque chose pour vous et en même temps je sais que c’est si vain.
    Faites vous entourer, et prenez soin les uns des autres jusqu’à ce que petit à petit, vous trouviez des moments de paix.
    Des tonnes d’amour et de tendresse.

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  5. Oh mon dieu, je suis abasourdie de te lire ce soir. Je n’ai pas de mots et suis si triste pour toi. Je ne suis assurément pas capable de ressentir le 1/1000ème de ce que tu vis. Je te souhaite d’être très très entourée et surtout de ne rien cacher de ce que tu ressens. Je pense fort à toi ce soir.

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  6. Toutes mes pensées vous accompagnent dans cette épreuve terrible que vous traversez.
    Je ne peux même pas imaginer ce que vous ressentez puisque la seule lecture de ton article m’a terrifiée. Alors je vous souhaite à tous les trois, ainsi qu’à vos proches, de trouver le courage est la force de vous relever.
    🌟

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  7. Quelle horrible nouvelle. Je suis bouleversée et si triste pour vous. Après tout ce que vous avez déjà traversé, c’est tellement dure et injuste ! Je ne sais quoi dire, aucune parole ne pourra attenuer cette douleur. Sache simplement que je penserai beaucoup à vous et à votre petite étoile ❤

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  8. Les mots sont si dérisoires face à une peine immense, surtout ceux d’une inconnue. On ne se connaît pas, mais ce soir, en lisant tes mots si justes et si poignants, sache que je pense fort à toi, à toute ta famille. Je t’envoie tout le courage et la force imaginables, pour ta fille, ton chéri, pour toi. Prenez soin de vous.

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  9. Je n’ai pas de mots pour dire comme c’est injuste, et aucun mot ne pourrait apaiser une douleur aussi inimaginable que celle que vous devez ressentir. On ne se connaît pas, mais je suis de tout coeur avec vous et vous envoie plein de courage et d’amour pour surmonter cette épreuve. Prenez soin de vous ❤

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  10. Les mots me manquent. Tout à coup, tout paraît si dérisoire.
    C’est si injuste. C’est une douleur dont je n’arrive même pas à esquisser les contours. Une douleur qui n’a pas de sens, qui ne devrait pas exister.
    Aujourd’hui mes larmes coulent pour toi que je ne connais pas, pour ta famille, pour Mini Loup.
    Ça ne devrait pas arriver.
    Prends soin de toi, autant que tu le peux.

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  11. Je ne sais pas quoi dire pour t’aider et te soulager… probablement qu’aucun mot ne le peut… Sache que toutes pensées vont vers vous, que j’essais de vous envoyer de l’amour pour vos accompagner dans cette terrible épreuve.
    Je t’embrasse

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  12. J’ai pensé à vous très fort ces derniers jours. Je ne sais pas ce que je peux faire pour vous. Certainement rien. Je n’ai pas les mots. C’est terriblement injuste. Je suis de celle qui est persuadée que nous ne partons jamais vraiment. Il est là, quelque part, près de toi. Il le sera toujours. Je t’envoies toutes mes pensées.

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  13. Moi aussi, j’ai beaucoup beaucoup pensé à vous depuis que j’ai lu ton post sur Instagram. Je reste bouleversée… hier, j’ai serré mes enfants plus que d’habitude encore et j’ai mesuré toute ma chance. Je t’envoie du courage, de l’amour, de la force pour tenir, tenir et encore tenir. Partout en France, un petit bout de Roman, son sourire, reste dans nos mémoires et nos coeurs.

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  14. Mes pensées ne vous quittent pas depuis 2 jours. Je suis si bouleversée et ton texte ne fait que renforcer ce sentiment. Je sais qu’aucun mot n’aidera à panser tes blessures et que cette sensation d’étouffement ne te quittera pas demain. Je sais aussi que ce petit bonhomme veillera sur vous et vous accompagnera tout au long de votre chemin. Je souhaiterais pouvoir te serrer dans mes bras et te soulager un peu de ce terrible poids. Prends ton temps mais sache que nous sommes là si tu en as besoin.

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  15. J’apprends cette horrible ce matin… et depuis je suis dans un brouillard profond, ancré de tristesse et de peine pour toi, pour vous… Aucun mot, aucun geste ne te soulagera réellement de cette perte injuste et tellement contraire à l’ordre des choses. En tant que maman, on ne peut s’empêcher de transposer la situation… et rien qu’imaginer cette douleur me poignarde l’estomac. Je ne sais pas comment tu arriveras à surmonter cette épreuve terrible, parce que je ne m’imagine pas pouvoir la surmonter si une telle chose devait arriver, mais je t’envoie tout mon soutien, mes pensées et ma force. C’est terrible à dire, mais la Tornade t’y aidera sûrement.
    Pour toi, et ton Petit Loup que je n’oublierai jamais, même si je ne l’ai jamais rencontré… : http://monbebepatience.eklablog.com/a-toi-mini-loup-a179842020

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  16. Je pense bien fort à toi et à vous dans ce terrible drame que vous vivez tous les trois. J’espère que vos familles et vos amis vous entourent. Je pense bien fort aussi à cette petite Tornade, si jeune et confrontée à cette douleur.

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  17. Je pense sans cesse à vous, à votre petit ange et à cette terrible épreuve….
    Impossible trouver les mots pour dire l’indicible, pour prendre un peu de votre douleur
    Je serre mes enfants, et particulièrement mon fils, encore plus fort ces dernier jours

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  18. Lectrice fidèle depuis un an environ, je commente rarement …
    Je ne sais que dire sinon que je verse des larmes pour votre Mini-Loup et que je ressens au plus profond de mon être un chagrin sincère et une grande empathie pour vous et votre famille endeuillée.
    Je vous souhaite beaucoup de force pour les mois à venir et je vous invite à vous accrocher à la vie, à votre couple, à votre petite Tornade qui souffre elle aussi même si elle ne comprend pas tout à fait.
    Je vous embrasse fort.

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  19. Je vous lis moi aussi depuis longtemps. Dans l’ombre, sans vous connaître réellement, mais avec beaucoup d’affection pour vous et votre famille. Et ce soir, je pleure salement en vous lisant, d’un chagrin qui fait grelotter et que je ne me sens pas le droit de ressentir, face à ce qui vient de dévaster votre famille.
    Accrochez-vous à l’écriture, sur un blog ou ailleurs peu importe, elle sera un exutoire à l’absurdité et l’arbitraire de la mort de votre bébé. Et même si rien ne peut faire sens en ce moment, accrochez-vous à la routine et aux obligations. Et pleurez.
    Même si c’est peut-être à côté de la plaque et si je n’ai aucun légitimité à l’écrire : votre Tornade est une petite fille pleine de ressources, pleine de finesse et d’empathie, elle est solide de tout l’amour et la compréhension dont vous l’entourez depuis sa naissance et même avant. Vous pouvez lui faire confiance. Et vous faire confiance pour prendre soin d’elle.

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  20. Quelle terrible épreuve. Vos mots me touchent, ils sont pleins de vie, accrochez-vous à elle, même si elle doit sembler terriblement vide pour l’instant. Les rires et la joie reviendront. Je prie pour vous et votre famille, pour que votre petit ange, de là où il est, vous accompagne.

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  21. Bonjour,

    Je lis ton blog depuis longtemps, depuis bien avant la tornade, j’ai tout suivi, les peines et les joies… je ne m’attendais pas à lire une telle nouvelle, j’aimerai trouver des mots pour te soulager mais je ne pense pas qu’ils existent… il n’y a rien de plus injuste que de perdre un enfant, c’est la plus grande des douleurs, mais vous vous relèverez, tous les trois, et vous serez à nouveau heureux…

    Je suis athée aussi mais j’espère que là-haut dans les nuages, Mini-Loup joue avec ma nièce…

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  22. Je ne sais pas pourquoi mais tu n’étais plus dans mon lecteur … quoi qu’il arrive comme sur insta je suis de tout cœur avec toi et je suis effondrée de lire pareil horreur personne ne devrait avoir à vivre cela . J’aimerais te serrer fort dans mes bras et te promettre qu’un jour la lumière de ton petit homme viendra t’envelopper ….

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  23. Bonjour, mon dieu de lire ce texte …. ce texte qui m’est si familier….. j’ai vécu ce que tu vie seconde par seconde ….. ma fille est décédé de cette foutu MSN aussi…, elle avait 9 mois et demis ….. cava faire un an dans quelques jours qu’elle est parti. Je te laisse mon e-mail si tu veux qu’on discute ça sera avec plaisir.❤️

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    1. Oh je suis désolée de lire ça. Une fille, c’est rare, et à cet âge… 😥 Je te souhaite plein de courage pour passer le douloureux cap qui s’annonce. Merci beaucoup pour ta proposition, ça me touche beaucoup.

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