Pensées de mummy·Vie quotidienne

Confinement, J+14

Deux semaines de confinement. Il y a deux semaines, je me demandais bien comment j’allais gérer ça, moralement, de devoir occuper ma fille H24 pour une durée indéterminée, quasiment sans pause. Je me demandais comment allait évoluer ce virus qu’on nous présentait encore quelques jours auparavant comme une « petite grippette » et qui nous obligeait brutalement à nous enfermer à double tour. Je n’ai pas subi le choc, la sidération et l’angoisse, la perte de Mini Loup me les avais imposés deux mois auparavant et j’y suis toujours, depuis. Donc j’ai été épargnée de ce côté-là. Mais, comme tous, j’ai dû apprendre à vivre le quotidien autrement.

Déjà, exit les horaires qui rythmaient nos vies, même depuis le décès de Mini Loup, La Tornade étant scolarisée, les horaires étaient là. Et depuis qu’elle est rentrée le vendredi 13 mars, plus d’horaire. Elle se lève quand bon lui semble, elle ne fait quasiment plus de sieste sauf si elle a mal dormi ou la réclame, elle mange quand elle a faim. Etrangement, elle mange mieux, elle s’endort facilement, elle est nettement moins nerveuse. Leçon n°1: l’enfant se porte mieux lorsque l’on respecte son rythme. Chaque jour, je m’extasie sur ses progrès alimentaire, à part quelques petites angoisses ponctuelles, elle mange comme un enfant qui n’a aucun trouble de l’oralité. Miracle. Parce qu’elle mange quand elle a faim, qu’elle est en forme, qu’elle n’a pas l’école à gérer à côté. Pause scolaire thérapeutique, dans son cas.

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Concernant l’école, j’ai suivi vos conseils avisés: je lui donne ce qu’elle réclame. C’est elle qui a imposé le rythme que nous avons acquis finalement. Un temps d’activités scolaires matin et après-midi. Niveau moyenne-grande section le matin, qu’elle passe assez tranquillement, et petite-moyenne l’après-midi car elle est plus fatiguée. Si je reste cantonnée à ce qu’il faudrait que je lui fasse faire, elle s’ennuie et réclame plus, affamée. Alors tant pis pour ce système scolaire ultra normatif, elle réclame, je donne. Je la sens épanouie et sa reprise scolaire, bien que probablement lointaine, me tracasse déjà. Le retour à la réalité sera dur. Mais peut-être que son école sera obligée de constater la particularité de La Tornade et s’adapter. Je ne demande pas de saut de classe, mais si ma puce veut faire les activités des moyens parce qu’elle finit trop vite les siennes, qu’elle le puisse, par exemple. Leçon n°2: l’enfant aime l’école quand elle s’adapte à lui.

Quand le coronavirus a commencé à faire parler de lui, je faisais partie du clan de ceux qui relativisaient à fond sans réfléchir à l’effet papillon. Quoi, tant de foin pour ça? Ce virus tue moins qu’une grippe, pourquoi on en fait un tel flan? Et puis l’ennemi est arrivé, s’est propagé, a tué, a mis à nu les défaillances des systèmes de santé et la fragilité humaine. J’ai revu mes certitudes, j’ai compris que je m’étais trompée. Que ce virus, certes, tue peu mais se propage affreusement vite. Qu’il y a beaucoup de porteurs sains, que c’est vicieux. J’ai compris que nos services de réanimations n’étaient pas prêts à un tel tsunami, que ça allait piquer cette affaire. J’ai compris qu’en sortant faire mes courses sans faire parfaitement attention, je pouvais tuer indirectement une personne fragile. J’ai compris que même si le confinement m’impose un obstacle de taille sur le chemin du deuil, il est indispensable. J’ai pensé collectif, heureusement je fais partie de cette tranche de l’humanité qui le fait sans trop de difficultés. Je suis restée chez moi. Même si j’ai souvent envie de sortir seule pour respirer un coup, laisser couler mes larmes, reprendre une bouffée d’oxygène… C’est non. Il s’agit de sauver des vies, des tas de vies: des personnes fragiles, des personnes âgées, des soignants, des gardiens de la paix, des assistantes maternelles, des caissiers, des pompiers et de tous ceux qui continuent de travailler pour nous. Leçon n°4: la remise en question peut sauver des vies.

virus

Et puis, malgré notre respect scrupuleux des règles de confinement, le virus est arrivé chez nous. On est toujours du mauvais côté de la barrière, on devrait le savoir quand même! C’est vrai que malgré la disparition progressive de sa varicelle, j’étais surprise que La Tornade tousse toujours autant. Elle toussait depuis déjà deux semaines avant les boutons. La toux ne fait apparemment pas partie des symptômes de la varicelle, d’autant plus quand elle est déjà là avant et toujours là après. La Tornade va bien maintenant, mais elle tousse. Et là, j’ai senti que l’ennemi était en fait déjà dans nos murs depuis un moment. Samedi dernier, boum, Chéri présentait tous les symptômes de ce virus: fièvre, toux, nausées, fatigue extrême, courbatures. Il n’était sorti qu’une fois en dix jours: pour prendre les médicaments contre la varicelle à la pharmacie (qui respectait bien les gestes barrière). Je vous passe l’impact qu’a eu cet élément sur mon moral déjà instable. J’ai eu peur de le perdre lui aussi, et pourquoi pas La Tornade, tant qu’on y était! Je me suis dit qu’on avait commencé l’année à 4 et qu’on allait la finir à beaucoup moins… Chéri n’a pas de comorbidités, il est jeune, La Tornade n’avait déjà plus de fièvre, je devais rester zen. Vigilante mais calme. Aujourd’hui, à J+8, Chéri va assez bien. La fièvre a duré 48 heures, sans monter au-dessus de 38.5°C. La faiblesse générale, environ 5 jours. La toux persiste toujours mais elle s’atténue un peu.  Nous passons ces jours-ci la zone rouge des aggravations subites de cas, alors je respire un peu car il ne présente aucun signe inquiétant. Quant à moi, malgré ma vie entourée de ce virus, je n’ai présenté (pour l’heure) aucun symptôme, rien du tout. Les chances que je ne l’ai pas attrapé sont aussi élevées, je pense, que celle de gagner au loto. Je me considère donc fort probablement comme porteuse saine, alors qu’aucun signe ne révèle la présence du virus chez moi. Leçon n°5: on peut être porteur de cette saleté sans en avoir le moindre signe.

Malgré tout ça, quand je vois les gens qui s’occupent de leurs enfants, vraiment, toute la journée, je me dis qu’on a d’autres leçons à tirer de cette pandémie. Comme l’importance à accorder à son foyer, sa famille, par exemple. Quand, chaque jour, je me débrouille avec les moyens du bord: réutilise, accommode, évite tout gaspillage, je me dis que ce que l’on vit a vraiment quelque chose à nous enseigner sur notre rapport au monde. Quand je vois la pollution déjà décliner à Paris, je me dis que cette pandémie redonne ses droits à la planète, même si ça a dû se faire dans la douleur. Quand je vois l’entraide qui pointe un peu partout, en vrai ou sur les réseaux, je me dis que le penser collectif pourrait s’imposer davantage, maintenant et après la pandémie, et ça serait franchement bien, aussi… Malgré mon chagrin profond, la lourdeur du quotidien, de ces jours qui s’égrènent infiniment lentement et sans la moindre variation, j’arrive à voir dans ces événements dramatiques l’impact salvateur pour notre planète. Si tant est que l’humanité retienne la leçon la  plus fondamentale de toutes.

écologie

19 commentaires sur “Confinement, J+14

  1. Merdouille en effet vous cumulez… Je suis contente malgré tout que les nouvelles soient bonnes.
    J’essaye de me dire aussi qu’on va tirer du positif de tout ça. C’est dur de se remettre en question et j’espère que cette prise de conscience, même si elle n’est pas générale, sera chez beaucoup.
    Bon rétablissement à tes chéris et virtuel hugg pour toi…

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    1. Merci beaucoup. Je pense que certains, beaucoup, arriveront à tirer les leçons que cette épreuve nous impose mais je crains que ce ne soit pas le cas de ceux qui ont le plus d’influence dans ce monde…

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  2. Merci pour cet article que j’ai dévoré debout en peignoir dans ma salle de bain parce que je n’ai pas voulu attendre plus tard pour le lire.
    C’est vrai que les événements nous font réfléchir, après est-ce qu’on se souviendra de ces leçons une fois le confinement levé …. C’est une autre histoire !

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  3. J’espère que ton homme va vite se rétablir et que tu n’attraperas pas ce virus. Je ne sais pas s’il en sortira quelque chose de positif, l’humain oublie tellement vite les leçons qu’il pourrait tirer de ce qu’il vit. La grippe espagnole a eu lieu il y a 100 ans et a tué des millions de personnes à travers le monde… elle est juste un thème à traiter dans le chapitre sur la Première Guerre mondiale.

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  4. Ce virus est un fléau, le personnel médical tient bon mais à quel prix et pour combien de temps? Il y a quelques semaines, je pensais comme toi, voyais ça de loi. Et puis, l’Italie et son hécatombe…
    Et puis mon papa qui a été contaminé, la semaine dans un état épouvantable, puis l’hospitalisation, la réanimation et l’intubation… Il est jeune, sans maladie chronique et pourtant…
    Le virus est déjà partout, et la peur s’insinue. La réponse est dans le confinement, pour soi et pour les autres. Je suis contente que ton chéri et la tornade aille mieux. Et bon courage à toi pour ce confinement. Douces pensées.

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    1. Oh je suis sincèrement désolée que ton papa soit atteint, avec autant de gravité ! Chéri et moi avons la sensation que cette saleté déclare de plus en plus de formes graves chez des sujets de plus en plus jeunes. Le bilan est affreux. Je te souhaite de tout cœur que ton père s’en sorte.

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      1. Merci beaucoup pour ton message. Et effectivement, ce virus qui semblait épargner les enfants et les adultes jeunes et en bonne santé ne paraît plus si anodin. Et j’ai également la même pensée concernant notre planète…

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  5. Je suis contente que ton Chéri et ta Tornade aillent mieux. Contente que tu n’aies pas déclaré de symptômes, en espérant que cela reste ainsi. En effet, le virus se propage vite. Et ce qu’on croyait une simple grippe se transforme finalement en une maladie bien plus grave dans de trop nombreux cas malheureusement …
    J’espère qu’on saura tous garder un petit quelque chose de cette période …
    Prends soin de toi

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  6. Ce qui me marque le plus dans ton article, c’est l’évolution de la tornade en dehors de l’école. J’espère vraiment que son retour sera marqué par la prise en compte de ses particularités et qu’elle pourra mieux vivre sa scolarité.

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    1. Nous sommes aussi stupéfaits de la nouvelle petite fille que nous avons. Entre l’enfermement et le drame qui nous tourmente, on aurait pu s’attendre au pire et, finalement, elle est métamorphosée! J’espère qu’à sa reprise, tout ça sera pris en compte, en effet. Je ne veux plus la voir s’étioler à l’école.

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  7. Avoir un enfant particulier n’est pas simple… l’école ordinaire peut parfois être destructeur. J’ai eu cette sombre expérience, même si mon fils n’avait rien d’exceptionnel, juste un peu plus vif que la normale et toujours accroché aux basques des plus grands (eux venaient le chercher, il n’était pas le petit qui encombre !) : une maitresse pas à sa place (elle a mis en échec la quasi totalité de sa classe de maternelle) et un enfant qui s’assombrit, qui perd son chant, qui perd son rire qui perd son sommeil, … bref un enfant de moins de 4 ans qui présentait, on peut le dire, des signes de dépression. Alors nourris là de ces nourritures qu’elle aime tant et qui la revitalisent. Alors pourquoi pas un saut chez les grands ou pour une meilleure transition dans une classe double niveau, si c’est possible ? Meilleure santé à L’Homme et prenez garde à vous.

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